Lundi 16 octobre

Une autre séance infernale avec la troisième Max. On sait qu’un cap est atteint quand un élève se mêle de vous aider “Mais faut les virer, ceux qui font du bruit, monsieur.”

Je n’ai aucune excuse quant à la perte de contrôle de cette classe. J’ai beau dire que je n’y arrive pas, que je n’arrive pas à utiliser mes méthodes habituelles, la solution est simple : me muer en Seigneur des Ténèbres. Pas forcément longtemps. Juste assez pour reprendre le contrôle de ce qui ressemble de moins en moins à une classe de collège.

Attention. Ce n’est pas facile. Ce masque, comme tout le reste, s’apprend.

Il ne s’agit pas de se mettre à hurler, à sanctionner à tout va. 

Être un Seigneur des Ténèbres, c’est devenir l’antithèse de tout ce que tu as mis en place dans ta classe. 
Dans mon cas : exit l’excentrique et maladroit monsieur Samovar. Au revoir les configurations de classe qui changent, les cours radicalement différents d’une heure à l’autre, la rigueur pas toujours toujours là. 

Jusqu’aux vacances de Toussaint, je serai précis et dextre. Professant les cours d’une seule façon, n’élevant ni ne baissant la voix, bannissant les anecdotes et les idées glanées ça et là. Un cours, bétonné, érudit, et rien que ça.

Ça fonctionne presque à chaque fois. Les mômes ne sentent jamais autant qu’ils ont passé les bornes que lorsque leur prof n’est plus lui-même. Qu’ils ont troqué le pacte implicite, passé entre eux et l’enseignant, contre quelque chose qui leur échappe totalement.

Ça semble facile. Ça ne l’est pas. Pendant une semaine, et sans discontinuer, il faut fuir sa nature de prof, et ses envies égoïstes. Faire taire cette voix qui vous souffle que “ça suffit, maintenant, ils ont compris.” Être un autre sans rancoeur et sans colère, juste pour leur montrer que ça suffit. Que si cet avatar ne leur permet de bosser, il m’est facile de le troquer contre un autre, nettement moins agréable. Juste parce que la situation n’est plus vivable. 

J’ai trop longtemps attendu pour leur apprendre ça  – parce que c’est aussi de l’éducation – et je le paye.

Il est temps de passer la cape noire.

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