Jeudi 19 octobre

Les cinquièmes Arkham sont une classe particulièrement toxique. Ils sont capables de faire gentiment tourner un prof en bourrique ou de foutre le zbeul intégral en classe. Ils sont méchants entre eux et cumulent déjà pas mal de sanction.

Sauf avec moi. Pour le moment. Pour le moment, souligné huit fois en rouge, parce que je sais à quel point ces moments sont fluctuants. Je ne le proclame pas trop fort. D’une part parce que ça n’a pas grand intérêt, d’autre part parce que je sais à quel point ça peut être douloureux pour des collègues. Preuve en est, les troisièmes Max, qui me motocultent joyeusement la gueule et se montrent (et non pas se monstrent, comme je viens de l’écrire de façon fort appropriée) adorable en maths ou en histoire-géo, ce qui me fait sentir comme un champignon rabougri.

En fait, les cinquièmes Arkham résonnent à fond avec mon côté papa. Et pour le coup, je peux jouer sur toute la gamme. Papa strict à grosse voix avec Bolgan, terreur des sixièmes, pote avec les troisièmes les plus durs du bahut, et à peu près capable de trouer des pavés avec les doigts, papa poule avec Gabocha, tout petit bonhomme qui des fois pleure à grosses larmes parce que “je suis fatigué, monsieur ! Ma soeur elle est petite et elle pleure la nuit dans la chambre, alors je peux pas dormir !” (*coeur tout serré*), papa rigolo avec Nina qui aime bien découvrir de nouveaux trucs et qu’on lui raconte des blagues.

Aujourd’hui on regarde un extrait du Magicien d’Oz. Bolgan pourrait hurler en disant que ça craint grave comparé à Transformers (apparemment, dans sa vie, il a vu toute la série mais pas grand-chose d’autre), Nanami soupirer dédaigneusement (Nanami aime deux choses dans la vie : soupirer dédaigneusement et son Iphone) et Shilo dire qu’il a besoin d’aller faire pipi.
Mais je leur ai raconté. L’histoire de la MGM. De Judy Garland qui a osé chanter Somewhere over the Rainbow alors que c’était pas gagné, je leur ai montré une planche des Culottées de Pénélope Bagieu sur Margaret Hamilton. 

Et cette classe qui se déteste a écouté avec des étoiles dans les yeux. (sauf au moment ou Bolgan s’est caché la tête parce qu’il a peur de la sorcière de l’Ouest).

Je sais faire un truc, un seul truc bien en tant que profs, c’est dire que les histoires, vraies ou imaginaires, c’est trop super bien.

Des fois, ça résonne avec des mômes. De la pure chance. 

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