Mardi 31 octobre

L’autre jour, message me demandant comment je fais pour supporter le mépris des élèves pour la culture que j’aime à ce point.

Ce genre de réflexions est fréquent mais, je pense, se fonde sur un postulat erroné : a priori, un môme ne méprise pas la culture, quelle que soit son origine culturelle ou sociale. Bien évidemment, un accès plus aisé à l’art et à l’information facilitera sa perception. Mais la curiosité me semble l’une de ces très rares caractéristiques humaines à être acquises. 

Le problème est que la curiosité est une vertu adolescente par excellence. Elle ne supporte pas qu’on lui dise quoi faire. Je peux adorer Virginia Woolf, Marguerite Yourcenar ou Euripide, je ne pourrai jamais transmettre cet amour et cette envie d’en apprendre plus sur leurs oeuvres par la coercition ou un appel à la révérence. “TREMBLEZ, JEUNES MORTELS, CAR CECI EST L’ART DANS SA FORME LA PLUS PURE !” 
La moquerie et le mépris que l’on voit – à juste titre – dans certaines classes et plutôt dirigée, me semble-t-il, envers l’injonction.

Et je le prouve.

L’un des plus beaux moments de ma carrière eut lieu à Florence (”Ouah le mec comment il se la raconte !”). Une semaine sur les lieux avec des élèves latinistes. Dont certains pas spécialement motivés par la culture antique, mais plus par l’idée de se faire un petit voyage tranquillou billou loin de Criméa, où j’exerçai alors.

Une semaine passée à déambuler. Et l’avant-dernier jour, visite du Musée des Offices, à Florence. Les élèves ont un questionnaire à remplir dont je leur donne plus ou moins les réponses pour leur permettre de se balader en toute liberté. Au bout de deux heures, j’avise Clara affalée contre un mur, posture typiquement adolescente. Elle a les yeux scotchée à la tête de Méduse (beaucoup plus petite que dans mon imagination).

“Monsieur ?
– Oui ?
– J’aime pas les musée d’habitude, mais là, je ne veux pas partir.”

J’ai – littéralement – les larmes aux yeux. La rencontre entre Clara et la culture antique s’est faite naturellement, gentiment et sans violence. J’ignore, depuis les cinq ans où nous nous sommes perdus de vue, si elle a conservé cette envie. 

Mais elle m’a laissé avec une certitude : dans cette frénésie de connaissances qu’est l’école française, il faudrait réussir à prendre le temps. Le temps pour de belles rencontres de se faire.

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