Mardi 7 novembre

J’ai été invité à assister à un cours d’anglais des troisièmes Tardis. Le thème du jour est “Incroyable Talent”. Des élèves passent et doivent se présenter en face d’un jury puis faire montre de leurs compétences. 
Ces gamins, que je connais comme étant plutôt sympathiques, se montrent ici particulièrement rétifs. Si l’on excepte un intermède assez hilarant durant lequel Zamza explique : “I can juggle but I have no balls”, les apprenties célébrités refusent de montrer quoi que ce soit.

Jusqu’au moment où arrive Teresa. Teresa répond aux questions dans un anglais parfait. “My special talent is singing.” explique-t-elle. Et elle s’exécute. Relevant la tête, elle lance une première note, juste et pure.

Éclat de rire gras. Un môme que je n’ai même pas envie de nommer est en train de se marrer, du rire de celui qui ne prend aucun risque, de celui qui n’a qu’à se marrer parce que c’est facile. Je marche sur lui avec l’ouragan Katrina dans l’oeil droit, et l’éruption du Vésuve dans l’oeil gauche. Dans mon souvenir, je le prends pas le col pour le virer de la salle, ce qui n’est pas possible. Mais le fait est que nous nous retrouvons tous les deux dans le couloir. 

Silence.

“On fait quoi, monsieur ?
– Rien.”

Le môme me fixe, les yeux ronds. 

“Mais je vais pas rester là à attendre.
– Ben si.”

Aucune envie de lui faire la morale, aucune envie d’expliquer. En troisième, normalement, tu commences à avoir une âme. Si tu ne peux pas comprendre, ça ne sert à rien de ressasser les formules éculées. Si tu ne veux pas comprendre, tant pis pour toi. Tout ce que je fais là, c’est protéger Teresa et son chant. Toi, tu ne m’es rien pour le moment.

Applaudissements de l’autre côté du mur. Je fais rentrer le môme. Qui va s’asseoir, muet.
Puni de silence.

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