
“Tu verras, il nous trahirons aussi.”
Monsieur Vivi a récité ça comme une blague, comme un mantra, comme un avertissement au sujet de la cinquième Glee.
Évidemment il avait raison. C’est arrivé hier, alors qu’il n’était pas là. L’une d’entre elle, la plus gentille, la plus choudoudou, la plus parfaite, a forcé un distributeur de friandises dans leur conservatoire et en a profité pour se servir, avec deux copines.
Comble de l’indécence : elles ont balancé les quatrièmes Glee qui, une fois la machine ouverte, en ont également profité pour se servir (et sont actuellement en train de recoller leurs tympans de l’engueulade que Lady T. vient de leur passer).
Un mensonge extraordinaire, qu’ils m’ont servis, les cinquièmes Glee. Un chef d’oeuvre de duplicité, mélange de fiction et de vérité, jouant sur toutes les qualités auxquelles je suis sensible : la franchise, la contrition, la réparation, le courage. J’ai complètement donné dans la version qu’ils m’ont servi (”Les quatrièmes, les grands, nous ont poussés à faire une bêtise, et nous venons l’avouer devant vous.”).
Je devrais me sentir démoli. Je ne le suis pas.
Il fallait qu’ils vivent ça aussi. Qu’ils poignardent la relation quasi-parfaite. Parce que la vie, ce n’est pas ça. On ne part pas d’une symbiose entre prof et élève. On la construit. Ils doivent apprendre. La bassesse, le mensonge, et la trahison. Ils doivent couronner leur Lady Macbeth.
So be it, comme dirait le bon vieux Shakespeare.
Mais ils vont aussi comprendre à qui ils ont affaire. Lundi, je leur servirai mon propre seul en scène, et ça ne va pas être triste. Il y aura des tremblements, des “comment avez-vous pu ?” De la déception, de la froideur qui, au font, cache une fêlure. J’hésite pour la larme. Ça serait too much, mais ils réagissent bien, au too much.
Leçon du jour, le mensonge. À quel point c’est fascinant et totalement destructeur.
Je repense à ce titre, meilleur titre de film de l’univers : l’Apocalypse de l’Adolescence.
Nous entrons dans l’âge du séisme.