
Tripes tordues. Devant Y. et moi-même, Sierra sanglote à chaudes larmes.
Sierra, c’est l’élève de cinquième Glee par lequel le scandale est arrivé. Celle qui a ouvert le fameux distributeur de bouffe qu’ils ont allègrement pillé.
Sierra, c’est aussi l’élève qui a accepté, presque au pied levé, de jouer un rôle important dans la pièce des quatrièmes l’année dernière.
C’est l’élève dont le sourire console, l’élève qui fait ses devoirs à temps, l’élève qui aide quiconque en a besoin.
“Je pleure parce que je n’ai jamais été convoquée ici, alors j’ai peur de ce qui va m’arriver, gémit-elle” et Y. et moi avons presque envie de lui dire que ce n’est pas grave, que ce n’est qu’un mauvais moment à passer que, tu vois, c’est ça la société. Qu’on ne vole pas, même quand on est la plus choudoudou d’amour des choudoudou d’amour.
Je me dis que dans notre vie, on a tous fait une grosse, grosse connerie, à 7 ou 77 ans, celle qui nous a fait régresser à l’état de tout petit enfant et pleurer à chaudes larmes. Moi, c’est arrivé quand j’avais 25 ans, accident sans assurance, et j’en rougis, là, pendant que je tape sur le clavier, je ne veux plus jamais y penser.
Ben Sierra, elle, je pense que c’est aujourd’hui. Il y a une vraie détresse dans sa voix. Et notre rôle à nous, notre rôle abominable et hautement estimable à nous, adultes, c’est de l’accompagner. Sans haine et sans complaisance. En lui expliquant que sa vie ne s’arrêtera pas là et que c’est grave. Qu’elle a cassé, que ça se répare en laissant une marque. Que ça s’appelle grandir.
“Je déteste faire ça.”, me dit Y. après que Sierra ait appelé sa maman pour lui expliquer la situation.
Moi aussi. Des fois, toute la remise en question, les meilleurs cours du monde, toute la dévotion possible ne suffisent pas. Des fois, il faut faire face aux noirceurs dans les plus beaux sourires. C’est essentiel.
Alors putain, pourquoi est-ce qu’on se sent aussi dégueulasse ?