
Ils se sont dispersés dans le CDI.
Nous sommes vendredi après-midi et j’ai demandé aux cinquièmes Glee de choisir un bouquin. Parce qu’il est tard et que Viktor, mon collègue de techno ultra metal, m’a rappelé que, hé, quand est-ce que vous les faites lire, les mômes ? C’est vrai que ce rappel est salutaire, de temps en temps.
Alors nous y sommes allés. Pas de texte morcelé, cette fois, ils liront un bouquin. Et ils ont le droit de s’arrêter s’ils le souhaitent. “Prenez un gros livre, si vous avez envie. Même un très gros. Et arrêtez-vous si le coeur vous en dit, ça n’est pas grave.”
Je les regarde.
Il y a celui qui sait déjà et qui se dirige vers le Agatha Christie qu’il convoitait depuis le début comme une abeille vers un champ de fleurs.
Il y a celle qui sait qu’on doit choisir un roman d’aventures mais monsieur, je peux pas plutôt reprendre le roman que j’ai lu vingt-cinq fois et que j’aime d’amour ?
Il y a celle qui parcourt les étagères d’un air blasé, qui pose son doigt sur me bouquin de Maliki, ce qui me fait couiner mais qui n’ose pas. “Genre c’est trop nul, les livres.” J’espère vraiment qu’elle reviendra l’emprunter en cachette.
Il y a le groupe de garçons qui se ruent littéralement sur les bouquins de la série “Chair de Poule”. J’ignore si je dois maudire ce fameux R.L Stine pour ses merdouilles mal écrites ou le remercier de faire jubiler tant d’apprentis lecteurs.
Il y a celle qui emprunte un roman sur la guerre de 14-18 “parce que depuis qu’on nous a fait chanter pour le 11 novembre, j’aimerais savoir POURQUOI j’ai chanté.”
Il y a celui qui emprunte un bouquin au milieu d’une série. “Vous savez que ce serait mieux de commencer par le volume 1 ?
– Le 3 a l’air plus joli monsieur.”
Logique implacable.
Il y a vingt-quatre gamins et vingt-quatre approches de la lecture. Et moi qui met de la mousse partout : “Vous avez le droit d’adorer ou de détester. De continuer ou d’abandonner. Vous avez le droit d’exprimer ces sensations là comme vous le souhaitez, tant que vous essayez, que vous vous lancez dedans de toutes vos forces.”
Je suis nul en conseils amoureux. Mais c’est facile en fait. Il suffit de parler de sentiments comme de lecture.