
Période des conseils de classe.
Je me souviens de l’importance démesurée que revêt, pour les élèves, cette période. Parce qu’elle est celle de l’interface : le point où se rejoignent vie à l’école et vie à la maison. Pour la plupart, ce moment est désagréable.
Non pas que tous les mômes d’Ylisse aient un intérêt quelconque à cacher les détails de leur existence au bahut (certains si, clairement. Mais pas la majorité). Mais pour nombre d’entre eux, j’en suis venu à la conclusion que le collège est ce laboratoire d’expérimentation de la vie sociale. Laboratoire absolument dégueulasse où l’on se prend des explosions dans la gueule tous les jours mais laboratoire essentiel. Et que les parents posent un regard sur cette partie de leur vie leur pose souvent problème.
Alors je tente de les rassurer. De leur expliquer que nous bossons tous dans le même sens. Eux, leurs parents, et nous les profs. “Venez avec vos parents à la remise des bulletins.” est l’une de mes demandes les plus récurrentes. De façon à ce que ce bout de papier ne soit que le point de départ d’une conversation. Que les gamins ne soient pas les victimes impuissantes d’une échéance qui tombe à chaque trimestre.
Qu’à ces conseils de classe, les gamins posent un regard dans le miroir. Qu’ils se voient, posément. Ce n’est pas rien, d’apprendre à se regarder sans affectation ni haine. C’est aussi là qu’on l’apprend.