Mercredi 29 novembre

Fin novembre. Comme toujours, période compliquée. Les réunions qui se superposent aux conseils de classe, aux heures de cours de plus en plus compliqués, devant des élèves fatigués, excités. Alors, systématiquement, en salle des profs, nous sortons nos petites formules magiques météorologiques :

“Quand il commence à faire froid, ils sont insupportables.
– Ils pensent déjà à Noël, aux vacances, on ne parle que de ça à la télé.
– L’hiver, c’est la pire saison, il va falloir attendre jusqu’à mars !”

On se rassure comme on peut, parce que c’est vrai que c’est difficile.

Dans ces moments-là, surtout, je déteste les couloirs.

Les mômes qui hurlent en se croisant, les coups portés, les insultes.

Sans raison. C’est ça le plus terrifiant.

Comme à cette récré. Je marche devant un gamin, qui en croise un autre. Et d’un mouvement simple, fluide, tend la jambe pour qu’il s’étale. Le coup classique de la balayette. Je hurle et pose ma main sur l’épaule du coupable. L’air absent, même pas agressif.

“Qu’est-ce que j’ai fait ?
– Vous vous moquez de moi ? Vous venez pas d’essayer de le faire tomber ?
– Ah oui ! Ça ! C’est rien…”

Pas la moindre roublardise dans l’attitude. En effet. Dans son esprit, c’est rien. Presque un tic.

Immense fatigue.

Je prends le temps, deux bonnes minutes sur les dix de la récré, à tenter de parler, sans donner l’impression de faire la morale, à trouver les mots. Le gamin rigole.

“Vous trouvez ça drôle ?
– Non, mais regardez !”

Je tourne les yeux vers l’endroit qu’il indique. Une gamine vient de mettre une balayette à une autre. Et un gamin est à terre, un peu plus loin.

“Pourquoi c’est moi qui prend, tout le monde le fait ici !”

Oui. Et tout le monde crie, et tout le monde s’insulte. Près de six cent mômes dont l’empathie s’anesthésie en ce début d’hiver.
Syndrome du colibri, j’irai engueuler la gamine qui m’a été désigné, en espérant que c’est juste passager, en espérant qu’effectivement, les petits gestes ont une importance. Qu’on aide à en faire de meilleures personnes.

Mais punaise, c’est crevant.

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