
”Journée en morse du mardi : cours trou cours cours trou trou cours cours. Espèce de morse de l’Éducation Nationale.
Ça me donne le temps de m’occuper de quelques trucs à côté. Préparer la remise des bulletins de la cinquième Glee, régler des histoires qui pourrissent la vie de la classe au quotidien, prendre des nouvelles des uns et des autres.
À commencer par Monsieur Vivi, qui croule sous le boulot en ce moment, à telle enseigne qu’on arrive à peine à se croiser. Monsieur Vivi malade, mais méchamment atteint du syndrome terriblement banal du “si je me fais arrêter par mon médecin, tout va s’écrouler.” Généralement, c’est le stade ultime de fatigue qui nous fait dire ça. Avec T., on reconstitue un instant le trio avant de nous envoler vers nos responsabilités.
La mienne concerne essentiellement les troisièmes Max, que je retrouve en demi-groupe cette semaine. L’autre moitié de la classe est en stage en entreprise. Cours sur la subordonnée relative et, comme d’habitude, des lacunes, tellement de lacunes. “Monsieur, c’est quoi une expansion du nom ? “ “C’est quoi un groupe nominal ?” “Y a deux genres d’adjectifs ?”
Je n’arrive même plus à m’exaspérer. Il n’y a plus le temps. Je tente de trouver des méthodes efficaces, rapides de combler les failles. En espérant qu’ils se rendront compte des efforts faits d’un côté et finiront par prendre leurs responsabilités. Dans le froid de l’hiver, le temps n’est pas à l’amertume.
Et puis pour se réconforter, découverte par les cinquièmes Glee d’une des scènes de leur production théâtrale de fin d’année. Pour le plaisir, je fais lire les répliques, juste pour cette fois, par les mômes à qui j’aimerais, égoïstement, donner le rôle. Myakis me gourmande : “Heureusement, la distribution, elle n’est pas encore décidée, hein monsieur ?”
On rigole un peu. “Ça fait du bien de rire, monsieur, en ce moment. Tout le monde a froid et ça tire de partout.”
Être doux, encore deux semaines et demi. Sans transiger.