
Être un maton. Parfois.
Avec les cinquièmes Arkham. Une heure de cours sur la structure du récit. De la théorie, des exemples compliqués. Interdiction de moufter, surtout qu’on a deux élèves collés dans la classe ce matin. Il s’agit de montrer qu’ici, on apprend sérieusement.
Bizarrement, les mômes réagissent bien. Même Mose qui, après une tentative pour communiquer avec son pote en langage des signes se rend compte qu’il ne connaît pas le langage des signes et donc, se met lui aussi au boulot. “Vous m’avez montré que vous êtes capable d’être une classe studieuse. En récompense, je relève mes exigences.” Leur faire comprendre que la rigueur, c’est un privilège.
Maton avec les troisièmes Tardis, adorables mais tellement je-m’en-foutiste. Exploration de la proposition subordonnée relative. J’ignore pourquoi, mais je suis hyper doué pour expliquer ce machin-là, alors que généralement, en grammaire, je patauge. Explication grammaticale comme un commentaire d’oeuvre d’Histoire des Arts, les mômes adhèrent. Là aussi. Plus de rigueur. Parce qu’ils sont en troisième, que le cocon sera bientôt ouvert. Qu’ils ont besoin d’être prêts, d’être fier de leur parcours scolaire.
Maton avec les quatrième C(’est pas possible) de Han, avec qui je fais cours une fois par semaine. Une classe qui a décrété que leur prof de français serait celui qu’ils ne respecteraient pas. Sans raison. Je passe une heure à circuler dans les rangs, à exiger que les cahiers soient ouverts, à déplacer les bavards et à reprendre les moqueries. “Police police” chuchotera un môme en me voyant arriver en fin de cours.
Classe partie tellement loin dans le conflit qu’il faut tout resserrer pour pouvoir réinventer.
Je sors une barre au front. On ne sort jamais léger de ces journées. Devant moi, marche Marie-Antoinette.
“Dis donc, tu as laissé ton sac au bahut ?
– Tu crois vraiment que je vais bosser ce soir ?”
Nous nous sommes tapés deux conseils de classe et trois heures de boulot en salle des profs, plus deux heures d’information syndicale.
À mes épaules, mon propre sac me semble absurdement lourd.