
Hier, avec un sarcasme fin comme la nouvelle campagne pour le TGV de Béziers, j’évoquais le côté démagogique de l’interdiction du portable dans les établissements scolaires.
Preuve par l’exemple aujourd’hui.
10h40. Avec les cinquièmes Glee, nous nous dirigeons vers la salle informatique. Le trajet est long, donc, comme toujours, Arès se met à ma hauteur, laissant le reste de la classe un peu en arrière.
“Vous savez monsieur… Elle a dit que j’aurais peut-être un téléphone pour Noël.”
“Elle”, c’est sa maman d’accueil, que j’ai vu à la rencontre parents-professeurs. Je tourne la tête vers le môme qui à travers la poche de son manteau, laisse deviner une forme rectangulaire.
“Je l’utilise avec le Wifi de la maison. C’est l’ancien de ma grand-mère.”
Je hoche la tête, réfléchissant à ma réponse. Comme piqué par mon silence, il poursuit.
“Ce n’est que l’un d’eux, j’en ai trois, monsieur !
– Pourquoi me dites-vous ça ?
– Parce que j’ai confiance en vous, que je sais que vous ne me trahirez pas.”
Bim, le piège tendu par un môme de douze ans et je me suis précipité dedans comme la victime du pré-générique d’un slasher. Je joue l’honnêteté parce que c’est tout ce qu’il me reste.
“Ça me met dans une situation délicate, vous vous en doutez. Je suis un adulte, je devrais en référer à votre famille… Mais vous savez que je ne dirai rien. Je trouve ça malhonnête, Arès.”
Il me regarde avec un sourire incrédule et je lui renvoie un fragment de la tristesse et de l’agacement que je ressens. Juste un peu, parce que je suis en contrôle. Il a un petit hochement de tête triste et regagne sa place dans le rang. Le reste de l’heure, il s’appliquera à lever la main, à répondre le mieux possible. Et lorsqu’il quitte la salle de cours, il capte mon regard. Et articule exagérément un “pardon” muet.
Viens régler ça avec tact, Monsieur le Ministre.