Et le dimanche, on s’évade.
On est début décembre, il fait froid, il plouille (tu sais, le petit crachin glacial ?). Du coup, un peu d’humour de nos cousins québécois, ça ne fait pas de mal !
Et le dimanche, on s’évade.
On est début décembre, il fait froid, il plouille (tu sais, le petit crachin glacial ?). Du coup, un peu d’humour de nos cousins québécois, ça ne fait pas de mal !

La ville d’Ylisse, où j’enseigne, est l’une des plus endettée de France. Près des deux tiers des mômes y sont boursiers.
Pourtant, quand je confisque un téléphone (du fait que je suis rien qu’un pisse-froid qui apprécie moyen qu’une sonnerie de portable se mette à déverser du Jul sur Albert Camus), il s’agit les trois quart du temps d’un appareil de marque. “J’achèterais jamais ça”, me glisse B., avec qui je fais cours à l’oreille “c’est le prix d’une machine à laver !” Évidemment, suit une image mentale de tous les gamins traînant un lave-linge dans leur poche.
L’autre jour, Arès a fièrement exhibé sa Switch à la sortie du cours. Quand bien même, les couloirs sont devenus un territoire de bousculades et de vols quotidiens.
Venir au bahut avec des objets précieux est un danger quotidien pour les mômes. Mais aussi un signe de position sociale, et un défi. Être capable de conserver ces précieuses reliques, et de les défendre.
Les signes extérieurs de richesse sont à Ylisse de véritables trophées. Et un facteur aggravant de la violence. Un de plus…

Je ne verrai plus les troisièmes au complet durant deux semaines. La semaine prochaine, la première moitié de leur effectif part en stage tandis que la seconde reste au bahut. Et inversement celle d’après.
Heureux d’avoir réussi, avec les troisièmes Max, à mettre en place des modalités un peu plus apaisées ces derniers temps. Certes ils continuent à être pénible, certes certaines heures sont peu utiles, mais petit à petit, ils grandissent. Lueur d’enthousiasme.
Tout l’inverse en troisième Tardis, dans laquelle, depuis le conseil de classe, les mômes sont totalement en roue libre. Ça piaille, et les cahiers sont en passe de devenir une espèce en voie d’extinction. Il y a quelques jours, j’aurais gueulé. Là, je suis juste tellement épuisé que je les informe, sans la moindre animosité, que je vais remettre en place les trucs idiots et habituels : le plan de classe, les sanctions. Bref, que je les traiterai comme des mômes et que l’erreur était de mon côté : j’ai voulu, trop vite, les voir comme des adolescents.
Je finis le cours dans un silence térébrant.
“Pourquoi vous nous l’avez pas dit dès le début, que vous aviez confiance en nous ?” me demande l’une des déléguées en sortant.
Parce que c’est dangereux. Depuis mardi, les cinquième Arkham jouent la classe parfaite. Ils travaillent gentiment en autonomie, s’entraident, comprennent. Leurs dernières évaluations sont impeccables. Pas eu besoin de transiger avec mes exigences.
Poussé par un enthousiasme aussi coupable que bête, je les félicite et leur explique que maintenant qu’ils ont montré qu’ils sont capables de cela, l’année va être bien meilleure. Que bientôt ils partent en sortie scolaire, et que je leur fais confiance pour se montrer sous ce jour-là.
Ils ont espagnol l’heure suivante. À l’issue de laquelle, la voix blanche de colère, leur professeur me dit qu’ils ont fini par copier des phrases au tableau, suite au dawa intégral et total qu’ils ont foutu dès leur entrée en classe.
Je rentre fourbu du bahut, la cervelle martelée par trop de sentiments contradictoires, de pics et d’abîmes. Je suis vide et anesthésié. Et je cherche un peu de connaissance et de stable hors du Collège Ylisse.
Me tisser une nouvelle corde qui me maintiendra pour les semaines à venir.