Samedi 13 janvier

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Entendu sur France Culture : Stanislas Dehaene, nommé à la tête du nouveau Conseil scientifique de l’Éducation Nationale. Juste une phrase : “Est-ce que ces enfants ont des livres chez eux, est-ce qu’on leur parle ?”

Cette phrase résume une immense portion de la volonté de conserver dans mon enseignement une part “traditionnelle”.

Car depuis quelques années, en REP+ particulièrement, une tendance de plus en plus grande à apporter aux élèves “ce qu’ils n’ont pas” à la maison s’est développée. Une tendance qui nous encourage à les faire lire parce qu’ils n’en n’ont pas les possibilités chez eux. À leur faire découvrir la culture parce qu’ils n’y ont pas accès. À leur inculquer des codes sociaux dont ils souhaitent se dispenser.Cette démarche me met terriblement mal à l’aise.

Elle me met mal à l’aise car malhonnête. En dix ans d’enseignement, trente-cinq ans d’existence, il m’a été donné maintes fois de constater la chose suivante : réussir scolairement, vraiment réussir, consiste à allier ces deux facteurs : acquérir une culture personnelle et maîtriser les codes de l’école. Les mômes “privilégiés” ne réussissent pas parce que leurs enseignants leur donnent des méthodes de fou ou leur ouvrent plus grand les portes de la lecture, du théâtre ou de la musique. Ils réussissent car leur éducation repose sur plusieurs piliers.

Et vouloir nous faire croire que l’école peut devenir l’unique fondation, que ce soit en multipliant les activités ou en laissant de côté celles jugées “moins utiles” – parce que oui, il faut avouer que les connecteurs logiques, à première vue, c’est moyen sexy – est non seulement illusoire, mais aussi dangereux. L’école ne peut pas, l’école ne doit pas se substituer aux autres lieux d’éducation. En multipliant les attentes à son égard, on élargira le fossé des discriminations.

Alors que faire, hormis chouiner sur Internet ?Peut-être être franc avec les mômes. Leur expliquer que nous ne pouvons pas tout. Leur dire qu’ils doivent, selon leurs origines, être plus ou moins forts. Se débrouiller seuls, quand, chez eux, on ne peut pas les nourrir intellectuellement. Leur donner des pistes. Des adresses, des bibliographies, des sites. Des méthodes de travail.

Mais refuser ce mythe que l’école peut, doit tout.

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