Mercredi 17 janvier

Quatre matins par semaine, autant de soir. Un peu moins d’une heure.

Les wagons du RER.

Depuis que j’habite à Paris, je dois en être à pas loin de mille allez-retour, entre chez moi et le bahut. Mille matins à descendre le long des quais, à regarder autour de moi, les visages concentrés sur eux-mêmes, à sentir les arômes artificiels de viennoiserie me descendre dans les poumons.

À espérer que je croiserai B. et qu’on pourra discuter de la journée qui nous attend, ou à me planquer dans l’une des voitures à l’arrière pour rester enveloppé dans la chaleur d’un bouquin. Où juste pour user, encore un peu plus, le paysage que je traverse.

Que je ne connais pas.

Je n’enregistre absolument pas ce qu’il se passe à l’extérieur, je suis tout entier centré sur moi-même. De 7h10 à 7h45, c’est l’heure de la métamorphose. Je suis tout entier appliqué à sortir non seulement du sommeil, mais aussi de la douceur de ces quatre murs qui s’appellent chez moi. Devenir un peu plus affuté, un peu plus rapide, un peu plus rigoureux.

Mille fois que dans ce cocon, je suis devenu prof. 

Les mômes, souvent, me demandent pourquoi je ne viens pas en voiture. J’imagine qu’à douze ans, les embouteillages sont un concept abstrait. Mais la vérité, c’est que j’ai besoin, en fin de compte. De descendre dans mon cerveau et de changer de configuration mentale, comme je change de vêtements. Je sais toujours qu’une journée ne se passera pas bien quand je n’y arrive pas. Quand j’arrive à Ylisse comme j’étais à Paris.

Je ne dois pas être le seul à faire ça, bien loin de là. Je ne suis qu’un des mille visages qui va chaque matin bosser en emprunter la ligne D. Et qui a dû essayer de transformer ce temps passer à dériver vers son lieu de travail en rituel.

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