
La semaine prochaine, les conseils de classe commenceront. Bim rentrée à venir dans ta face. Je commence donc tranquillement à remplir les bulletins de mes élèves de troisième. Le deuxième trimestre de troisième.
Souvent, je leur dis en rigolant que c’est le seul bulletin qui compte pour leur orientation. Ce qui fonctionne plutôt pas mal (en fait, tout ce qui met en scène des notes, l’année prochaine, et moi, fronçant un sourcil et haussant l’autre, Scarlat O’Hara style fonctionne plutôt bien), à mon grand désarroi.
Le fait est que, à Ylisse en tout cas, l’orientation des mômes se résume souvent à cela pour eux : deux bulletins scolaires, celui du premier et du deuxième trimestre, étant donné qu’au troisième, les jeux sont faits.
Et encore : une partie du bulletin. Les appréciations n’ont qu’une puissance relative, les compétences du socle commun une force quasi-nulle. Ce qui compte, on n’en sort pas, c’est la moyenne. C’est sur la moyenne – une poignée de notes – qu’Esmeralda insistera pour aller en seconde générale, quand bien même je tente de lui expliquer que recracher du par coeur ne l’amènera pas très loin.
Alors, évidemment, heureusement, les profs principaux de troisième, les CPE bossent avec les élèves. Énormément. Pour leur construire un projet d’orientation qui tient la route et qui prend en compte leurs forces et leurs faiblesses. Souvent ça marche. Je vois M., capable d’expliquer clairement à sa classe ce qui les attend l’année prochaine, leur donner toutes les armes qu’il faut. Je vois Y., qui se charge de toutes les formalités administratives compliqués. Je vois T., qui va les voir, un par un, pour les aider. Et tous les autres… Mais malgré ça, quelques gamins restent butés. Ils veulent absolument aller en lycée général, ou demander un secteur professionnel totalement bouché.
Le fait est qu’on ne cesse d’essayer d’évaluer les mômes différemment. On invente, on met en place, des systèmes qu’on espère plus justes, plus cohérents : socle commun, contrôle continu, évaluation par compétences… mais en fin de compte, cette évaluation reste interne au petit monde du collège : l’avenir des mômes ne dépendra jamais que de la chance, celle que leur famille ou que les adultes de leur établissement scolaire soient là, derrière eux, pour les épauler et les conseiller.
Et si jamais tout cela foire, ce qu’il reste, ce sont ces foutus bulletins scolaires.
Qu’est-ce que je vais raconter là-dedans, moi ?