
Ils sont une toute petite poignée. Ces élèves qui, dès la fin du collège, font des efforts, non seulement dans le domaine scolaire, mais aussi pour devenir de meilleurs personnes. Ceux qui font tout pour brider leurs envies de violence ou de méchanceté, ceux qui renoncent au côté petit caïd des cités.
Et puis, parfois, c’est encore plus simple, encore plus subtil, encore plus doux.
Comme avec Kika. Qui, depuis le début de la semaine, semble avoir entamé une radieuse métamorphose.
Fin de la pause d’après-midi. Je la croise dans les escaliers, trois de ses potes hurlent à toute bringue. Je leur intime de se calmer en rigolant.
“Kika, ils font plus de bruit que vous, un lundi après-midi.”
Elle me regarde, toujours souriante, mais avec un soupçon de blessure dans le regard.
“Monsieur, j’ai arrêté de crier ces derniers temps.
– Oui. C’est vrai, vous avez raison. C’est voulu ou pas ?
– Oui c’est voulu. Je me suis dit que c’était vraiment pas terrible, pour une troisième.”
Elle m’énonce sa résolution avec le plus grand sérieux. Et un beaucoup de courage. Je lui souris.
“C’était bête ce que j’ai dit. Vous changez beaucoup.”
L’heure suivante. Je fais lire aux 3èmes Max un poème de Marceline Desbordes-Valmore.
“Comme vous l’avez déduit, ce poème montre le regret d’avoir perdu l’homme que la poétesse aimait. Mais il y a aussi une volonté de le piquer, comme pour le forcer à revenir.
– Et ça a marché ?”
Kika me regarde avec de grands yeux. Me demandant, très concrètement, de lui prouver le pouvoir des mots.
“Qu’en pensez-vous ?
– Que vous répondez souvent par des questions, monsieur.
– Souvent. C’est ce qui vous fait changer.”