Samedi 24 mars

Journée portes ouvertes au bahut.

Des parents, en rangs clairsemés, encore un peu de sommeil sur la joue, entrent dans la cours vide. Accueillis par Cheffe, qui sait comment sourire un samedi matin au gris d’Ylisse, des surveillants courageux, un CPE champion toutes catégories d’abnégations et une poignée de profs.

Constatant nos visages pas franchement défroissés, Cheffe nous lance : “Il y a des croissants en salle des profs !” Le professeur, comme l’élève est un être que l’on peut prendre tant par les sentiments que l’estomac, le professeur se déride.

Après la grand-messe en salle polyvalente, Jean-Michel priez pour nous, les parents se divisent en petits groupes, pilotés par des profs ou des élèves super courageux, venus jouer les guides. J’accompagne l’une des petites troupes, tandis que Monsieur Vivi explique le fonctionnement de la future sixième Glee.

Beaucoup de parents dont le premier enfant entre au collège dans mon groupe. Et de grands sourires. Il faut se rendre à l’évidence : ils sont ravis. Des salles de classes propres, vidéoprojecteurs à tous les plafonds, du parc informatique, du CDI merveilleusement organisé par A., la prof la plus méthodique de la galaxie, ou encore du fait que les sixièmes aient leur espace à eux.

L’espace d’un instant, j’ai honte. On leur fait vivre un mensonge. Parce qu’il n’est pas impossible que, dès le deuxième jour, leur môme se fasse menacer par un autre élève, qu’on le bouscule dans les couloirs, que lui-même soit pris dans une histoire. Non ce n’est pas “le paradis”, comme me sourit une maman.
Mais ce n’est pas un mensonge non plus.

Ce qu’ils visitent, en ce samedi matin, c’est le collège rationnel. Là où tout est mis en place pour que les mômes réussissent. C’est une dimension stable, apaisée, qui coexiste avec tout le reste.

Les soucis d’emplois du temps, les problèmes de violence, les erreurs humaines, les retards, les conflits.

Le collège n’est pas assez grand pour être contenu entre ces quatre murs. Il est à l’intersection d’expériences humaines, de réussites et d’échecs. Il est multiple et incohérent, parce que six cent personnes aux aspirations multiples réunies dans un même espace ne peuvent, tout simplement pas, s’entendre.

Je tais ces pensées et me contente d’expliquer le fonctionnement de Pronote. Parce que sinon on me prendrait pour un fou.

Mais je me demande si le collège, ce lieu dont personne ne garde un souvenir totalement positif, ne tire pas son mystère de ça : le fait qu’il existe dans trop de réalités à la fois.

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