Et le Dimanche, on s’évade !
La semaine dernière, j’ai participé à un top 10 comme il y en a tant sur les réseaux sociaux. Il s’agissait de lister dix films ayant eu, quel que soit le moment, un impact sur moi. Et mine de rien, je pense que ça en révèle plus sur moi que pas mal de billets de ce journal.
Alors sans plus attendre, voici les dix films qui ont le plus construit Monsieur Samovar !

Les aventures de Robin des Bois : Le premier dont je me souvienne comme d’un “vrai” film. Pour la première fois, je comprends que raconter une histoire à l’écran n’est pas la même chose qu’à travers les mots de maman et papa, le soir, ou que dans les livres. Robin des Bois est une flammèche verte qui parcourt l’écran. Les voix – compassées – des doubleurs dessinent les caractères, et la caméra choisit parfois de montrer la scène de loin, d’autres fois la scène de près. Si j’aime Lady Marianne, c’est à cause de son visage, sur lequel se dessine, au fur et à mesure du film, la complexe géométrie du doute.
Je balbutie. Il y a dans cette cassette vidéo un langage. Dans toutes les autres. Robin des Bois ouvre la porte.

Peau d’Âne : Avec Peau d’Âne, j’apprends que le cinéma peut servir à autre chose qu’à raconter.
L’histoire de Peau d’Âne, je la connais, et je m’ennuie un peu à la réentendre. Alors mon regard dérive. Se perd, les mirettes dans les couleurs vives et les robes incroyables de Catherine Deneuve et Delphine Seyrig. Je passe plus de temps à observer qu’à m’identifier.
Et bien entendu, je chante. La musique peut aussi envahir la pellicule. On me dira que c’est grotesque, à l’école, et je me bats presque d’indignation. Personne n’a le droit de juger, le film est espace de liberté. Quand je regarde Peau d’Âne, une partie de moi éprouve des choses que nul autre ne peut. Cette partie de moi à laquelle je me reconnecte chaque fois que je me retrouve au cinéma.
Peau d’Âne m’a tout ouvert. Les autres films de Jacques Demy, bien sûr, Catherine Deneuve, Christophe Honoré plus tard… et la musique. La musique dans les histoires. Toujours.

Un poisson nommé Wanda : Jamie Lee Curtis et sa bande d’amoureux crétins vont tout bousculer. Les films, ces beaux objets devant lesquels je me tiens dans une révérence fascinée, se transforment. Devant cette histoire, je me tords de rire très fort, je mémorise des scènes entières juste parce que c’est trop bien de faire parler des personnages comme ça, et je découvre le non-sens… et bien entendu, les Monthy Python.
Le cinéma ça peut être tout et n’importe quoi, ça n’a pas à être sérieux. Mais ça doit être bien fait. Cette histoire de casse dans une banque est grotesque, mais sérieusement faite, les scènes bouffonnes mais réalisées au cordeau. L’humour est exigeant, je le pige au moment pile où une caméra se retourne, révélant que l’homme qui parlait depuis quelque seconde se tenait en fait tête en bas. Une claque.

L’assassin habite au 21 : Découverte de ma passion pour les huis clos. Les personnages forts en gueule parmi lesquels se cache un serial killer ne peuvent, durant une majeure partie du film, quitter la pension dans laquelle ils logent. Je jubile. De voir les interactions entre des personnes qui se détestent, de voir Suzy Delair provoquer tout le monde avec sa voix punk. Ouais, pour moi, elle a une voix de punk.
L’assassin habite au 21 confirme : plus que tout, ce que j’aime, dans les histoires, ce sont les personnages. Ce qui se trame dans les mots et les traits. Il y a plus de mystère là-dedans que dans toute l’action possible.

Le retour du Jedi : C’est la première scène de Star Wars dont je me souvienne, dans le premier épisode que j’ai vu. La créature étrange enlève son masque, et c’est une princesse, venue sauver son amoureux aveugle.
Je ne dirai jamais assez ce que la princesse Leia a fait pour moi au niveau des rapports humains, je n’arriverai pas à en parler sans devenir ridicule.
Et, bien entendu, il y a tout le reste : un film, plusieurs films, peuvent être un monde. Une galaxie même. Dont je reconstitue, avec plaisir, l’histoire dans le désordre. Nul besoin de commencer à la page 1 quand on aime d’amour Leia, Luke, C3PO et les autres. Quand ils nous accompagnent tout le temps, qu’on les greffe dans sa cervelle pour ne plus jamais les quitter.

Call me by your name : J’en ai déjà parlé suffisamment dans un billet précédent. Il suffit de dire qu’enfin. Enfin juste, oublier tout le reste, que c’est dur, que c’est laborieux, que les sentiments sont si difficiles. Pour se concentrer sur une seule chose : la naissance d’un désir pur, doux et total. Sans jugement et juste avec bonté. Et que ça n’a pas à être grandiloquent.
Un film qui apaise. Et qui me conforte dans tout ce que je tente d’écrire, à 35 balais, où je suis Elio tout autant qu’Oliver.

La Cité des enfants perdus : La cité des rêves et des monstres. La cité des humains difformes, chacun à la recherche de son Graal : un frère, des rêves, la liberté. Je ne comprends pas. Je devrais être mal à l’aise, et je ne le suis pas, je veux juste qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Tous.
J’ai une dizaine d’années et les monstres entrent dans mon univers. Ils ne le quitteront plus. Ils sont trop importants, ils sont des guides, trop lumineux.

Bagdad Café : Ce film n’est que doux. Des êtres humains qui apprennent à se connaître et se reconnaître. Jamais je ne me suis trouvé jusque là aussi ému. Il ne se passe, dans ce café du désert, pourtant rien. Mais la bonté de ces gens, dans cet endroit qui me fait découvrir l’immensité des États-Unis, que je retrouverai bientôt en lisant pour la première fois Stephen King.
Il y a une noblesse dans la bonté. Credo forgé dans ce film.

On connaît la chanson : C’est du cinéma, juste du cinéma, que du cinéma. Je vois tous les artifices : le script, les plans, les chansons en play back et la direction d’acteur. Et pourtant, je suis au CM2, je n’ai aucun de ces mots. Et surtout, je n’ai à aucun moment le sentiment de superficiel.
On connaît la chanson, film totalement artificiel. Fait d’artifice, fait d’art. Et pourtant, drôle, juste, émouvant. En recourant à l’ingéniosité des mots et de la caméra, on recrée une expérience de la vie. Je le comprends avec des années d’avance, quand Sabine Azéma entonne Résiste.
C’est dingue.

Autant en emporte le vent : Le dernier, le premier. Il y a tout, dans Autant en emporte le vent. Ma jeunesse et l’intemporel. Mille histoires qui se traversent sous les yeux de Scarlet O’Hara. Je vois dans cette histoire un Âge d’Or que je n’ai jamais connu et les ombres du présent. Je ris et j’ai la gorge serrée, je ne veux pas que ça s’arrête. Je veux être écorchée vif comme Scarlet, doux comme Melany, viril comme Rhett.
C’est une saga et c’est intime. C’est tout ce que le cinéma fait exploser dans mon esprit.