Jeudi 19 avril

Quatrième jour d’école ouverte.

Et comme dans toute expérience artistique, théâtrale, l’affect prend une place démesurée.
En premier lieu avec Tir. Tir, “élève à problèmes” d’Ylisse. Famille foldinguo, comportement parfois abominable (il a insulté une prof), résultats lamentables.

Tir que je n’ai pas en cours.

Tir, musicien génial, multi instrumentiste et batteur extraordinaire. Tir qui assure à lui tout seul ou presque la cohérence musicale du projet.

Tir qui, depuis quelques temps, est attiré par les lumières du théâtre.

Et comme Monsieur Théâtre, par défaut, c’est un peu moi, Tir vient souvent me voir. Me pose de plus en plus de questions. En deux jours, il a appris son texte. Demande comment interpréter cette réplique, jongle entre accompagnement et jeu théâtral.

Je ne l’ai pas encore félicité. Je me contente de le conseiller. De l’orienter, d’exiger. Plus je le fais, plus il demande. En moi, cette euphorie qui monte. Envie de lui dire qu’il est excellent. Qu’il n’a que les bonnes intuitions, que je suis admiratif de ce qu’il fait. 

Mais, avec cette certitude de déjà vieux prof, je sens que ce serait une erreur. Ce dont Tir a besoin, c’est, pour le moment, de réel. Bonne idée, Tir, précisez ce geste. Ouvrez votre bras, allons, plus. Montrez cette colère. Dans le front. Arrêtez de froncer comme ça, vous valez mieux qu’une pantomime.

Tir, qui adore courir, s’isole pour apprendre son texte. Et inlassablement, reviens me parler seul à seul.

Rapport de séduction éphémère. Je ne suis pas son prof, et je peux donc l’imaginer comme un môme excellent, doué, et respectueux. Et je crois que, pour cette semaine, c’est tout ce dont il a besoin

En ce jeudi soir, les mômes se réunissent. Je leur explique que j’ai adoré bosser avec eux. Très fort. Qu’après le spectacle de demain soir, une sorte de filage amélioré, je ne leur dirai rien de plus, parce que je voudrai rentrer chez moi, et que les quatrièmes Glee, je ne les verrai plus avant un moment. Benvolio se tourne vers Tir, lui glisse “C’est vrai, il fait toujours ça, Monsieur Samovar.”

Tir me regarde. Très droit. Et ne me quittera pas des yeux jusqu’à la fin de mon laïus, jusqu’à ce qu’il ait disparu dans un coin du couloir.

Moment unique. Et, espérons-le, bénéfique.

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