Lundi 23 avril

“Il ne fait rien. Il reste allongé sur son lit et il attend.”

Je tique, tandis que la femme venue chercher le bulletin d’Arès me fait cette réponse. Je ne sais pas comment l’appeler. Elle fait partie de sa famille d’accueil. Pas du tout l’image que je me fais d’une personne accueillant les enfants sans parents. Je n’en n’ai jamais rencontré, du coup, je suis encore sur une représentation d’enfant de six ans. Dans ma tête, il faut être grand, avoir une voix grave, qu’on n’élève jamais et un sourire qui détache des affres du monde. Et j’ai en face de moi une créature minuscule, aux traits fins, qui balbutie de terreur en montant les escaliers extérieurs du collège, parce qu’ils n’ont pas de contremarches.

Et qui m’explique, donc, que le soir, Arès ne fait rien.

“Parfois il joue avec sa DS, mais c’est tout.”

Je regarde le môme, qui baisse le regard. Je sais qu’il a tendance à mentir. Qu’il cachait un portable chez lui, qu’il s’est fait confisquer.

“Arès, il n’y a rien qui vous intéresse, quand vous êtes chez vous ?”

Murmure inaudible. La petite femme reprend.

“Ça peut durer des heures hein ! Je ne sais pas à quoi il pense.
– À quoi pensez-vous alors ? Ce sont des choses trop personnelles ?
– Non, c’est pas ça…”

Haussement d’épaules et nouveau murmure.

Je tique, parce que ce n’est pas la première fois, que j’entends ce genre de diagnostique. J’ai déjà eu des élèves qui se comportaient ainsi. “Il attend.” Qui, quoi, je l’ignore.
Peut-être triche-t-il. Et dissimule-t-il un nouveau téléphone qu’il range dès qu’il entend la porte s’ouvrir. Ou peut-être, vraiment, attend-il.

Dans tous les cas, Arès vit sa vie en secret. Impossible de lire les changements qui s’opèrent en lui, en cet âge capital. J’aimerais, pourtant. Savoir sur quelles fondations son esprit se construit.

J’en suis réduit à essayer de déchiffrer les signes. Moins de bagarre. Des gestes qui vont jusqu’au bout, dans le petit rôle qu’il tient, dans le spectacle de fin d’année. Des phrases moins hésitantes quand il s’adresse aux adultes. Et un look bling bling en diable. Ça fait peu.

Fin du bilan. La responsable se lève.

“Bon, je vous le laisse pour l’après-midi, donc ?
– Et oui, on continue à travailler avec sa classe.”

Arès se lève et remet en place les sièges déplacés pour l’entretien. Il court vers la femme sans titre.

“Je peux te raccompagner ? Monsieur, vous permettez ?
– Bien sûr.“

Ils redescendent tous les deux par un autre escalier, avec des contremarche, celui-là. Il lui tient la main.

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