
Depuis environ un mois et demi, plusieurs profs ont instauré quelques minutes de lecture durant leur cours. Chacun selon ses modalités. De mon côté, c’est dix minutes en début d’heure. Ce qui me permet de me livrer à toutes les activités passionnantes auxquelles doit se plier un prof qui n’a pas sa propre salle de classe (déposer ses affaires, allumer l’ordinateur pour faire l’appel, se sentir hyper ventiler parce que l’ordinateur ne démarre pas, ouvrir son sac, se prendre le doigt dans la fermeture éclair, essayer de garder sa dignité, et j’en passe…)
Depuis le début de cette opération, Agnès arrive en cours avec des bandes dessinées. Ce qui ne me pose aucun souci, son rapport à l’écrit quel qu’il soit s’étant jusqu’alors limité à “Nan mais monsieur, ça sert genre trop à rien de lire, vous savez qu’on a des téléphones aujourd’hui !”
Et aujourd’hui, Agnès débarque avec sous le bras Peggy Sue et les fantômes, gros machin de plusieurs centaines de pages, dans lequel elle se plonge sans un mot.
Je m’approche d’elle en souriant.
“Vous êtes passée à la vitesse supérieure ?”
La gamine rougit, et sourit à son tour.
“Bon, en vrai des fois, vous avez raison monsieur.”
Des fois…