Jeudi 3 mai

C’est avec un quart d’heure d’avance et des cernes jusqu’au dessous des genoux que j’arrive sur le quai du RER, en ce nouveau jour de la grève des cheminots. J’ai pris mes dispositions, tout va bien, le train m’amenant jusqu’à Ylisse (que nous appelleront ZOZO) est prévu en partance à l’heure.

J’arrive sur le quai de la Gare de Lyon et mon intuition, ainsi que les hauts-parleurs, me soufflent que ça risque d’être en fait un peu plus compliqué que ça. Les tableaux indicateurs clignotent, façon Noël de l’Apocalypse, le ZOZO est annoncé en partance imminente, retardé, puis supprimé et les usagers de la SNCF, moi compris, ressemblent à des figurants particulièrement bien grimés de Walking Dead. Je suis rejoins par B. et C. qui elles aussi ont eu l’idée incongrue d’aller bosser aujourd’hui.

Après quelques dizaines de minutes passées à discuter en priant toutes les divinités possibles de Cthulhu au Saint Bretzel (B. vient de l’Est), nous apercevons un RER ZOZO qui fend la grisaille souterraine et dans lequel nous nous installons fissa… pour remarquer que, du fait que tout un tas de ZOZO ont été supprimés, ce n’est pas moins de trois de ces trains qui ont été mis en circulation, sur les quais 1, 2 et 3 (le notre) de la gare. Nous nous regardons avec angoisse. Lequel va partir en premier ? La tension est palpable, on se croirait dans un western ou à la dernière manche du Burger Quiz. Enfin, la voix un brin tremblante de l’agent de circulation résonne dans le micro.

“Coucou les gens, bon alors en fait, on va d’abord faire partir le ZOZO du quai numéro 1 et…

*ruée frénétique dans notre RER.

… ne changez pas de train, ne changez pas NE CHANGEZ PAAAAAAS !”

Autant dire à une classe de 3e de rester pendant la récré. B., C. et moi faisons preuve de civisme – et puis aussi, on est bien content d’avoir posés nos fesses – et restons dans notre train, qui part dix minutes après le premier.

Nous sommes récompensés de notre altruisme par un retard de trente bonnes minutes, notre RER ayant été retardé et s’étant arrêté deux stations plus tôt que prévu.

Nous arrivons à Ylisse un rire nerveux dans la gorge… Je suis de tout cœur avec les cheminots et j’en appelle solennellement au gouvernement : si vous souhaitez que les enseignants des enfants de la nation ne finissent pas à poil sur le bureau à chanter la macarena, ce serait chouette de vous mettre à négocier sérieusement. Bisous tout plein !

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