
Journée parfaite.
Ce genre de journée où tout se passe bien. Où l’on ose à peine en parler, tellement tout semble fonctionner comme vous le souhaitez.
À commencer par les cinquièmes Glee. Dix d’entre eux me demandent instantanément des nouvelles de M., venu l’autre jour pour les faire chanter. Arès n’a jamais été aussi souriant et prend la tête de l’atelier de révisions de l’évaluation commune de la semaine prochaine. Presque tous ont compris le principe de la réécriture, que je peine encore à expliquer aux troisièmes. Je les vois grandir. Grandir à toute vitesse. Et apprendre parce qu’ils ont compris qu’ils le font pour eux. Les cinquièmes Glee, la classe que nous avons couvé avec M. Vivi. Plus que deux mois. Apporte-leur. Le plus possible. Parce qu’après, c’est le jeu, c’est normal, c’est le mieux pour eux, tu les laisseras partir. Sois reconnaissant, M. Samovar, espèce de prof sentimental, de tout ce qu’ils acceptent de toi.
Ils sont beaux.
Puis une heure de cinquièmes Arkham. D’eux aussi, Monsieur Samovar, tu peux être fier. Plus personne, aujourd’hui, ne prête attention aux récriminations de Nanami. Nina, après avoir hésite pendant de nombreuses semaines, est devenue le pilote de la classe et, la main toujours levée, explique à ceux qui comprennent moins vite, ce qu’est une métaphore. Gabocha, que J. l’assistant pédagogique aide avec constance, prend désormais fièrement la parole chaque fois qu’il a la réponse. Cinquième Arkham, complètement dysfonctionnelle, désormais heureuse en cours de français, car ils aiment jouer la classe modèle. Leçon récitée à chaque début de cours, vocabulaire soigneusement copié dans le lexique, dans les bonnes couleurs. Ils se sont construits une classe exemplaire, juste pour eux.
Deux heures de troisième Max. Qui sèche de plus en plus. Ne reste cet après midi, qu’un carré d’élèves qui s’accrochent encore. Alors je tente Aristophane. Et ils adhèrent. Malgré leurs difficultés et leurs lacunes.
“T’as pas pris ta pause ?” se moque Lamia à Lucia entre les deux heures.
“On a passé le stade de la pause.” réplique Lucia. “Au lycée, on n’y aura pas le droit.”
Je quitte le bahut avec T., qui m’offre sa soirée. On parle d’Ezia, on parle de nos avenirs et de nos étoiles, communes et contraires. Je rentre plein de lumière. Je m’émerveille d’avoir été mis sur la trajectoire de tant d’êtres de bonté.
Certaines journées sont triomphantes.
Aujourd’hui, c’était la mienne.