Mardi 12 juin

Monsieur Vivi aimerait confier les 6èmes Glee, dont il était professeur principal, à T., si la conjonction astrale le permet. Tandis que nous nous dirigeons vers notre halte sandwich habituel, T. me demande comment il pourrait prendre la place de Monsieur Vivi. “Ils le considèrent comme un dieu vivant, les sixièmes.” T. a été leur prof de français, T. sait.

Je réfléchis un instant. Au coin de mes lèvres, les dizaines de raison de mon admiration pour T., en tant que prof. Quant au fait qu’il a réussi à faire de sa classe de cinquième, pas évidente du tout, un groupe de choudoudous. Sur sa rigueur, son immense patience. Sur le fait qu’il apporterait à des Glee toujours dans l’excès un peu de sa raison et de sa rigueur.

Mais ce qui me vient d’emblée c’est “ils sauront faire la part des choses. Et tu travailleras bien avec eux.”

T. n’a pas besoin d’être rassuré, me dis-je avec une inconséquence et un orgueil, délirant. Il a juste besoin de ne pas se diminuer.

Car je crois que c’est la pire blessure que nous puissions nous infliger.

Elles sont innombrables, les raisons qui peuvent nous pousser à nous sentir mauvais, illégitimes ou tout simplement incapables d’exercer ce métier. Et c’est justement à cet instant qu’il faut être le plus sûr de soi. Toujours se méfier des certitudes, sauf de celle-là, notre roc, notre pilier : nous, profs, sommes à notre place.

Car douter de ses possibilités, ce n’est pas que souffrir : c’est, déjà, transiger. Je ne suis pas capable. À quoi bon ? Elle est meilleure que moi, il enseigne infiniment mieux. Cessons d’essayer, il en existe tellement de meilleurs que nous : plus charismatiques, plus patients, plus organisés.

Bien entendu.

Mais à de très rares exceptions près, nous sommes tous à notre place. Notre légitimité est totale. C’est comment occuper le mieux possible cette position qui sera source de questionnements sans cesse renouvelés. Mais ne jamais, jamais oublier : nous avons la potentialité d’apporter une pièce totalement unique à cette grande machine poussive qu’est l’enseignement

Il ne s’agit pas d’avoir une confiance aveugle, de refuser la critique ou l’erreur. Juste de se dire que ces errements, ces critiques, ces erreurs, on les fait en tant que prof. Avec sa propre partition du mot.

Et bon sang que celle de T. est belle.

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