
Une fois n’est pas coutume, je descends voir N. dans son bureau. N. est l’assistance sociale du collège Ylisse. N. a les yeux très bleus, parle avec une voix joliment éraillée mais qui ne voise que des propose parfaitement nets. Habituellement, je ne communique avec N. que par mail. Je lui expose un souci, elle reçoit l’élève, effectue son miracle.
Elle ne répare par les élèves. Jamais, ce n’est pas son job. Mais, systématiquement, elle communique. Ouvre les voix, et ce n’est pas une erreur d’orthographe, cette fois-ci. Neuf fois sur dix, les gamins s’éclairent. Et finissent par révéler d’eux-mêmes aux adultes ce qui les tourmentent.
Parce que N., jamais. Je me tiens devant elle, et elle me regarde, l’air un brin perplexe. Qu’est-ce que je fais là ? Je lui ai envoyé Solange, l’une des Demoiselles, qui avait l’air vraiment fatigué ces dernières semaines, et elle lui a parlé. Pourquoi suis-je descendu ? Peut-être parce que, concernant les cinquièmes Glee, je resterai, jusqu’au bout, ridiculement protecteur.
Mais, avec une subtilité et une gentillesse dingue, N. me remet à ma place. Non je ne saurai pas ce qu’il se passe, et oui je dois avoir confiance. Continuer à faire mon travail de prof, tout simplement. J’ai identifié le souci, j’ai tiré la bonne sonnette d’alarme, et c’est parfait. Je ne vais ni demander une médaille, ni demander d’explication.
En remontant vers la salle des profs, je me rappelle cette fois où j’avais fait un massage cardiaque à un type écroulé dans la rue et qu’après des secondesminutesheures une ambulance était arrivée, l’embarquant et me laissant tout seul. J’avais juste récupéré mon parapluie, abandonné quelques mètres plus loin, et j’étais allé prendre mon train. J’ai jamais su si j’avais sauvé un mec ou si j’avais été totalement inutile. Et c’est très bien comme ça.
N. me rappelle que prof, c’est pareil. Tes pouvoirs sont immenses et limités. Uses-en. Mais ne brise pas les frontières, elles sont aussi une protection.
Alors j’attends, le prochain cours avec Solange.