Vendredi 24 août

Question d’un lecteur, l’autre jour : “Pourquoi vous flippez autant pour la rentrée ?”

Vaste question. Et remarque qui revient souvent, quand, à l’issue des vacances, les enseignants font part de leur nervosité à reprendre : “Ça va, tu as eu deux mois de vacances !”

La durée n’y change rien, ou presque. En dix ans, la trouille que j’éprouve à me retrouver devant des mômes a évolué, mais ne s’est jamais tue. Et je pense que c’est une bonne chose.

Pour la simple et bonne raison que tous les ans, une immense partie de notre travail est à réapprendre. Je ne parle pas des réformes qui, de gouvernements en gouvernements, visent à “changer l’école en profondeur” (le ministère qui aura l’idée de “stabiliser l’école en profondeur” gagnera le prix de l’originalité, je dis ça comme ça).
Je parle bien évidemment d’eux. Des mômes. Que l’on redécouvre tous les ans, qu’on les connaisse ou pas. Prof à la rentrée, c’est comme redécouvrir l’intégralité des constellations. Non seulement il y a un nombre incroyable d’étoiles à observer, mais, les unes par rapport aux autres forment des motifs impensables.

À quoi va ressembler cette classe de cinquième, niveau avec lequel j’ai eu une mauvaise expérience l’année précédente ? Je retrouve tel élève que j’adorais en juin, pourquoi me fait-il la gueule en septembre ? Pourquoi ce cours sur le roman fantastique qui passait si bien me semble brutalement si lourd ?

Comme un couturier à l’orée de présenter une nouvelle collection, on ne sait jamais si ça va fonctionner. Même si nous savons comment confectionner, comment préparer, comment façonner une année d’étude d’une matière, rien ne dit que celle-ci aura du succès.

Se tenir sur la rive, et toujours réapprendre sa profession. Oui ça fait flipper.

Mais ça fait aussi que j’attends toujours que se manifeste l’ennui.

Laisser un commentaire