Samedi 25 août

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Lors de ma première année d’enseignement, une collègue que je vénérais avec toute la force d’un padawan de l’enseignement m’a donné ce précieux conseil : “On est tellement sous l’eau tout au long de l’année scolaire, il faut absolument décrocher totalement pendant les vacances d’été.”

Pendant très longtemps, ce conseil m’a été précieux. Réussir à extraire de mon crâne les pensées matinales “Bon sang j’ai combien d’heures aujourd’hui ? / Où est-ce que j’ai foutu ma clé USB ? / Est-ce que j’ai Jowy en classe ? Pitié pitié non, faites que j’ai pas sa classe… J’ai sa classe, faites qu’il est une gastro s’il vous plaîîîîît !”, à décaler son heure de lever en rythme d’été (bon, perso, ça veut dire que je me lève à 6h30 plutôt qu’à 6h10) et retrouver une tension artérielle normale me prenait bien trois bonnes semaines. Le reste était consacré à redevenir cette personne pour qui bouquiner n’est pas un plaisir coupable et qui ne voyait aucun rapport entre un stylo rouge et des pulsions homicides.

Et puis, parce que le temps passe, mon rapport aux vacances a changé. Doucement, j’ai commencé à bosser un peu, un tout petit peu pendant les vacances. Parce que j’arrive plus aisément à exorciser mon année. Parce que j’ai un rapport plus zen à mon boulot. Et, surtout, parce que ça me convient davantage.

Il m’a fallu des années pour me rendre compte à quel point il est nécessaire de s’adapter à ses élèves. A ses classes. Mais plus encore, pour me rendre compte qu’être un “bon prof” n’est pas forcément de suivre les habitudes des collègues que l’on admire le plus. Il s’agit avant tout de réussir à équilibrer ses capacités à bosser et ses envies légitimes de s’évader, en partant visiter la Catalogne ou en déboîtant ces loqueteux d’humains de l’Alliance dans World of Warcraft.

Cet été, je me suis baladé, j’ai passé des heures dans les pages virtuelles du livre dont vous êtes le héros Sorcery!, j’ai vu des potes, j’ai acheté des bouquins, pour moi et pour la classe, j’ai fait des diaporamas, j’ai pris des notes, écrit des paroles de chansons pour les élèves et pour Ezia Polaris. Et j’ai arrêté de culpabiliser à l’idée d’en faire trop ou pas assez, parce qu’au fond, au bout d’un moment, on connaît sa peau de prof.

Bref… soit l’année qui arrive s’annonce un brin plus calme que les précédentes, soit je vais virer gourou d’une secte pour profs allumés !

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