Lundi 27 août

Elles sont là devant moi, belles, lisibles et flambant neuves : deux progressions annuelles, accompagnées des extraits de textes que je compte faire lire aux élèves. Les premiers cours, en diaporama ou en activités variées : évaluations, jeux de pistes, cartes, exposés, déroulés d’émissions radio. Tout est propre est flambant neuf.

Et j’ai presque envie de rire devant ce déploiement d’énergie, essayant de deviner ce que, d’ici quelques mois, je vais bazarder sans le moindre scrupule.

C’est ce qui, simultanément, m’émerveille et me donne envie de me poignarder avec une fourchette en écoutant Despacito, dans ce boulot : le fait que rien n’est jamais sûr. Je l’ai écrit à maintes reprises l’année dernière : il est tout à fait possible que cette création de recueil de poèmes amoureux dont je suis moyennement convaincu fonctionne du tonnerre et que le jeu de piste sur la vie de Mary Shelley se prenne des regards incrédules et un peu gênés dans a face. (les gamins apprennent très vite ce regard quand je suis leur prof, et je ne peux leur en vouloir).

C’est aussi un truc que je réapprends tous les ans : la sérénité à voir que le résultat d’heures de travail ne fonctionne pas toujours comme on l’avait prévu. Voir les morceaux de ce délicat assemblage qui volent dans tous les sens, en récupérer quelques-uns et les recombiner pour que, cette fois, les mômes en tirent quelque chose. L’enseignement n’est pas une science exacte et nos artefacts en savent quelque chose. Après deux, trois, quatre ans, chaque prof ou presque devient un McGyver de la pédagogie, capable de transformer la soupe insipide d’un manuel en un super chapitre sur les super héros ou un bête logiciel de programmation en la création du futur skynet.

Faut juste se dire qu’on va se planter. Plusieurs fois. Mais que ce n’est pas ce qui fera échouer les élèves, tant qu’on reste avec eux, et qu’on avance à leurs côtés.

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