
“Cette femme, c’est Delphine, ou Solange, qui aurait bien tourné !” me dit Monsieur Vivi, alors que nous parlons d’une élue parisienne. Delphine et Solange, ce sont deux anciennes élèves.
Exactement comme dans une série télé, le temps s’arrête, pour que je puisse réfléchir à cette phrase, que je prononce assez souvent, moi aussi. “Untel qui aurait bien tourné.”
À nouveau je la ressens, la faiblesse de notre pouvoir d’enseignant. Delphine et Solange, nous les avons couvées deux années durant, et Monsieur Vivi continuera à le faire, l’année prochaine. Nous avons donné des dizaines d’heures et beaucoup de notre force à ces deux mômes, capable du meilleur, parce qu’elles sont dynamiques et drôles, fines et intéressantes, comme du pire, quand elles décident que ce qui les intéressent, ce sont les petites histoires du bahut, du quartier, de la cité.
À nouveau cette année, nous allons nous lancer à corps perdu, tous les profs, partout en France. Nous allons bosser, bien sûr parce que c’est notre taf, bien sûr parce que, souvent, nous aimons ça, mais nous allons bosser en funambules.
En espérant juste, très fort, que nous gagnerons notre pari sur la fatalité socio-culturelle, ou l’apocalypse adolescente.
Lançons les dés.