Jeudi 13 septembre

Cours patouille avec les troisièmes Bazoukan.

C’est très important les cours patouille, et je crois que ce sont ceux qui sont restés le plus gravés dans ma mémoire d’élève. Ces cours où le prof n’est pas tout à fait en contrôle, où ça déborde un peu, même si l’activité proposée a l’air cool.

Là, il s’agit donc d’une simulation de procès autour d’une nouvelle de Richard Matheson. Activité qui fonctionne toujours très bien et permet d’aborder énormément de thèmes et de savoir-faire : la face cachée du rêve américain, l’expression orale, le monologue, l’argumentation…

Mais avant ça, il faut répartir les rôles, ce qui est souvent laborieux.

Mais même si je sais que je vais ressortir de cette heure crevé et passablement énervé, je me connais assez pour savoir qu’elle m’est essentielle, car elle me permet de voir à quoi ressemblera la classe quand je lâcherai les exigences – fatigue, ras-le-bol, soucis personnels – ou quand les moments difficiles arriveront. Une sorte de vaccination.

J’aperçois les mômes qui profitent du moment où je négocie un rôle d’avocat avec un gamin un peu renfermé pour checker hyper discrètement leur téléphone portable et ceux qui attendent patiemment.

Et je tends un piège à Roog et Rahal.

Roog est typiquement le genre de mômes que j’adore, et qui réussi à m’embobiner : charismatique et beau parleur, l’intelligence vive. Mais un potentiel à déborder et à déconner aussi puissant que sa vivacité d’esprit.
Rahal est assis à côté de lui. Gamin excellent scolairement, mais qui s’est mis à déconner violemment en-dehors des cours. Un gamin que T. appréciait beaucoup en cinquième, ce qui l’a forcément mis sur mon radar.

Je m’attends à les voir exploser pendant cette période de joyeux chaos.

Rien du tout. Au contraire, ils luttent contre une visible envie de déconner et restent concentrés, bossant sur un brouillon de leurs plaidoiries. Cette heure-ci, ils sont de très belles personnes, et j’espère que cela va rester ainsi.

T., justement, qui fait cours dans la salle à côté et entend nettement plus de bruit qu’à l’accoutumée, me demande si tout était sous contrôle. Je n’ai pas le temps, parce que ce serait trop long, de lui dire que non et que, justement c’était le but. Que demain, il faudra restaurer l’ordre habituel qui a été mis à mal aujourd’hui.

Mais pour moi, c’était nécessaire.

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