
Une fois n’est pas coutume, le billet d’aujourd’hui ne se passe pas au collège d’Ylisse mais sur Twitter. Aaaah, Twitter, l’équivalent 2.0 de l’escabeau sur lequel n’importe qui peut monter pour bramer ce qui lui passe, votre serviteur compris.
C’est donc sur Twitter que l’autre jour, je relaye la réaction plutôt rigolote d’un môme suite à une heure de retenue que je lui ai collée. Ce à quoi, une autre utilisatrice s’en est émue, expliquant qu’à son sens, la retenue est un outil violent et anti-pédagogique.
Ce qui m’a amené à réfléchir à l’usage que j’ai de cette sanction dans mes cours. Et comme 99% de mes réflexions concernant le boulot de prof, j’en suis arrivé à la conclusion suivante : tout dépend de l’usage que l’on en fait.
Il n’y a pas à en sortir : en fonction de sa personnalité, du type de bahut dans lequel on se trouve et de ce que l’on essaye de faire, la retenue peut convenir ou pas, tant à l’élève qu’au prof. Et bien entendu, je vais parler de l’usage que j’en fais moi, personnellement, et en ce qui me concerne (oscar de l’égocentrisme).
La retenue est l’une des deux sanctions que j’emploie, l’autre étant l’appel aux parents. Pour deux raisons : je suis trop peu organisé pour maintenir un système plus sophistiqué (croix, devoirs supplémentaires…), et ces deux outils me permettent de régler nombre de soucis.
Je crois fermement à l’usage de sanctions. Par honnêteté intellectuelle envers les mômes d’abord : se prendre des murs est fatal dans la vie adulte, et l’école doit aussi préparer à ça. Et également pour leur côté rassurant. Je sais que je vais me faire des ennemis en disant ça – merci d’avoir lu jusque là, sincèrement – mais faire comprendre qu’il existe des codes qui ne sont pas négociables est l’une des fondations qui permet aux gamins d’apprendre dans une sérénité relative.
Dans les deux cas, ces sanctions ont un but double : d’abord, comme je l’ai dit, faire comprendre que certaines exigences précises ne sont pas négociables. Ensuite, pouvoir communiquer avec le môme.
Concernant les retenues, par exemple, je les mets toujours sur des heures durant lesquelles je ne bosse pas, et je ne reçois jamais plus de trois gamins à la fois. Le but étant de réussir à comprendre ce qui cloche dans un comportement, un refus, des oublis récurrents. Il ne s’agit pas d’une séance de psychanalyse (ça nécessiterait que je me débarrasse d’abord de quelques tonnes de névroses) mais d’une tentative, en observant au plus près un môme réagir à un travail donné, seul à seul ou presque avec un prof, de le comprendre, et de rectifier. Aussi rigide que le mot puisse paraître. Saisir ce qui le révolte, ce qu’il combat, ou ne comprend pas. Plonger avec lui dans l’irrespect qu’il a eu et le lui faire regarder dans les yeux, ou le dépiauter avec lui.
Le rassurer en lui montrant que oui, ici il y a des frontières qui sont cohérentes ; toujours à la même place. Ou en lui faisant comprendre qu’un adulte le juge assez important pour prendre une heure de son temps à bosser avec lui ou réorganiser son sac.
La sanction est comme la préparation du cours, le plan de classe, le bâton de parole ou les îlots : une possibilité. Ni obligatoire, ni honteuse. Qui nécessite une réflexion puissante, comme chaque aspect de ce boulot.