
J’avais douze ans quand j’ai lu Les Hauts de Hurlevent pour la première fois. Bien entendu, la quasi-totalité du roman m’a échappé. Mais les quelques bribes avec lesquelles je suis ressorti de ma lecture ont brillé très fort dans mon exploration des textes suivants. À douze ans, j’avais une ribambelle d’amis imaginaires, et Catherine Earnshaw en faisait partie (je sais, j’étais un gamin particulier à douze ans : Catherine Linton est infiniment plus agréable).
J’ai trente-six ans et pour la première fois, je vais faire lire des extraits du roman d’Emily Brontë à des mômes. Pendant longtemps, j’ai eu pour règle de ne pas étudier au collège des bouquins qui m’ont retourné. Parce que j’ai peur de devenir verbeux, j’ai peur qu’ils passent à côté, j’ai peur de brouiller les pistes entre ma vie professionnelle et personnelle. Il n’y a pas plus intime que la lecture.
Mais, après relecture du roman, il me semble qu’il est important, trop important pour que mes scrupules de princesse se mettent dans la porte. Je veux leur faire découvrir la langue sauvage de la lande, même traduite. Je veux qu’ils entendent parler d’une histoire d’amour qui sale la terre sur son passage, qu’ils découvrent cette famille folle, et qu’ils se heurtent à des histoires dont ils n’ont pas encore idée.
Je vais leur faire étudier les Hauts de Hurlevent et mes paumes sont moites, d’espérer, non pas que la magie opère, mais que je sois un guide à la hauteur.
Ces défis sont importants. Ils font que l’on se sent toujours débutant. Avide de bien faire. Heureux de tenter.