
L’autre jour, pendant la pause de midi, je me retrouve assis à côté du nouveau collègue d’EPS. Première année d’enseignement, de grands yeux bleus et une voix encore neuve. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais, les deux premières années, il y a dans la voix des profs quelque chose qui, peu à peu, se fige. Et après onze ans, ça m’émeut de plus en plus.
Ce collègue là partira à la fin des vacances. Au moment où il commencera à connaître le nom de ses élèves, parce que les profs d’EPS ne les voient pas souvent.
Mais ça n’est pas grave. Pas du tout. Il me raconte, en souriant, qu’il vient de Savoie, et qu’il attend impatiemment d’y retourner. L’année prochaine, c’est presque sûr. Et je le vois déjà. Repartir et fermer cette parenthèse dans sa vie personnelle et professionnelle, qui ne l’aura pas plus marquée que ça.
Ylisse est un serpent. Qui parfois vous enserre et parfois non. Par un phénomène que je ne m’explique pas, ce bahut, avec ses élèves tellement complexes, ses centaines de dysfonctionnements et son environnement qui ne fait pas tout à fait tout à fait penser au Paradis sur Terre exerce une attraction étrange. Qui fait que des collègues vont rester. Pas parce qu’ils attendent patiemment de pouvoir partir vers de plus vertes contrées – il y en a, bien entendu – mais parce qu’ils ont été mordus.
Ils vont se trouver une mission, un idéal, qui les poussera, année après année, à rester. A s’investir dans ce bahut, d’une façon ou d’une autre. Parce qu’ils se sont attachés aux collègues, aux élèves, aux projets, parce qu’ils ont le sentiment de faire ici quelque chose d’important. Ce gros bâtiment de béton gris est parfois capable de chanter comme une sirène.
Et parfois non. Après un, deux ans maximum, certains s’envoleront, sourire, aux lèvres. Parce que leur vie n’était pas là, et que, non, entrer dans le Collège d’Ylisse ne marque pas ton destin au fer rouge.
Et je trouve ça hyper rassurant.
Aller parler à ceux qui passent, ça rend tout plus léger.