Jeudi 4 octobre

Un vol.

Ça faisait longtemps, tiens.

Un vol dans ma classe, c’est l’un des trucs que je déteste le plus. (hashtag médaille d’or de la lapalissade) Pas parce que ça m’énerve. Pas parce que c’est une infraction. Pas parce qu’à chaque fois, un journaliste de Valeurs Actuelles apparaît dans mon esprit en se frottant les mains et en hululant “Les élèves de banlieues sont des racaaaaailles” (dans ma tête, les journalistes de Valeurs Actuelles ont la tronche de Jaffar dans Aladdin).

Mais parce que c’est sale.

C’est poisseux. Faut les engueuler. Leur rappeler qu’un vol est puni par la loi. Mettre en place tout un tas de stratégies pour récupérer l’objet et, éventuellement, que le coupable se dénonce. C’est du temps perdu. Du temps qu’on pourrait passer à essayer de faire du beau, du stimulant, du temps qu’on pourrait passer à construire, prof et élèves, des travaux qui élèvent. Il faut constater que, comme à chaque fois, toute la classe est au courant, et que la protection ou l’intimidation fonctionne à fond. Il faut engueuler collectivement quand tu sais bien que c’est contre-productif.

Et, égoïstement, ça casse mon délire.

Un truc dont je me rengorge sottement, c’est de faire de ma classe un endroit sûr. Entre ces quatre murs pas super beaux, tu peux apprendre à ton rythme, et être l’élève que tu souhaites. Et, du haut de mon délire mégalomane, je me persuade – même si ça m’arracherait la bouche de l’avouer – que les mômes vont comprendre. Laisser ce qu’un mec très charismatique a une fois appelé leur “peau d’ado” pour juste, l’espace d’une heure ou deux, faire du français.

Tous les ans, je me fais avoir. Ça ne fonctionne pas comme ça, les ados sont des ados, et ils n’en n’ont rien à carrer de tes délires d’enseignant éclairé. Ils font des conneries, juste parce que c’est possible, et, oui, tu vas en passer par les sanctions parce que ton boulot, c’est aussi de mettre un cadre.

Alors on atterrit, on se ressaisit, et on se la joue geôlier de prison, cours froids et millimétrés, travail individuel, jusqu’à ce que la situation se règle. Tu leur fais la tronche. Tu leur fais la tronche. Tu leur…

“Monsieur, à propos du texte de Saint Augustin…
– Oui. (Voix au zéro absolu, je suis très fier de moi)
– Pour l’analyse des temps, ce n’est pas un peu compliqué ? Le texte est en grec ancien, à l’origine, vous ne pensez pas que la personnalité du traducteur va aussi jouer ? C’est un peu son autobiographie à lui aussi, du coup.”

J’avoue j’ai souri.

C’est jamais simple un ado. Dans le laid comme dans le beau.

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