Lundi 5 novembre

Bon. Ben c’est pas tout ça mais il est l’heure d’amener les quatrièmes Alakhazam en salle informatique. Autant je ne suis pas spécialement adepte des théories déclinistes comme quoi chaque année, les élèves sont pires (un peu comme les designs de cartes Magic l’Assemblée), mais par contre, les générations d’élèves sont de plus en plus des quiches en informatiques. Et je le prouve.

10h20 : Je demande aux élèves d’entrer dans la salle et de ne pas se mettre tout de suite aux ordinateurs j’ai des consignes à donner, PAS TOUT DE SUITE AUX ORDINATEURS, J’AI DIT ! (Huit mômes sont déjà assis sur les chaises à roulettes qu’ils s’amusent à faire tourner ambiance Foire du Trône, et je me dis que l’heure va être longue.)

10h25 : Avec une concision qui ne me ressemble pas, je termine de donner les consignes, les écourtant quand je m’aperçois que Freed profite de ce temps pour dessiner sur la table et Raura pour terminer son devoir de maths qu’elle n’a pas eu le temps de faire pendant les vacances “parce que je jouais à Fortnite monsieur, faut pas exagérer !” L’exercice consiste simplement à recopier une rédaction, si possible en employant intelligemment le correcteurs orthographique, en évitant les effets 3D sur le texte et n’utilisant PAS le Comic sans MS qui est un étron du démon. Les gamins se précipitent sur les postes.

10h25 et 30 secondes : “Monsieur, ça marche paaaas l’ordi !” couine Emilia en appuyant frénétiquement sur le bouton servant à allumer l’écran. Quand je lui propose d’allumer la tour – et je jour sur Daren Criss que c’est vrai – la gamine lève la tête pour me demander où. Je mange un gros morceau du bureau pour garder mon calme.

10h36 : Nash et Roget n’ont toujours pas ouvert leur session parce que, suite à un pari quelconque, c’est à Nash d’ouvrir la sienne “et Roget a triché monsieur !” Je leur signale d’un ton de nuit polaire sur la banquise qu’ils ont une heure pour taper leur texte et que celle-ci est déjà bien entamé. Ils se font une revanche au shi fu mi.

10h40 : “Monsieeeeur on écrit comment sur l’ordinateur ? brame Laurianna en écrasant le clavier de ses dix doigts. Ça ne marque rien là !
– Il faut ouvrir Libre Office, comme à chaque fois.
– Comment ?
– En double cliquant.
– Comment ?
– Deux clics. Rapides. Avec la souris.
– Ah oui, hi hi, j’avais oublié ! Franchement c’est mieux sur le téléphone.
– Vous écrivez beaucoup de textes sur votre téléphone ?
– Azy non, le téléphone c’est pour s’amuser, par pour écrire !”

10h55 : Je signale à Florinien que la police 48 et les sept nuances de vert dans sa première phrase, c’est peut-être un peu too much. Florinien boude et demande à quoi ça peut bien servir d’écrire à l’ordinateur si on ne peut pas faire un joli texte. Cela dit il est le seul à savoir changer la couleur de son texte. Beaucoup beaucoup.

10h68 (je perds le compte) : Je fais remarquer à Ludmilla que quand j’ai demandé à ce que son histoire fasse une page, c’était en police 12, par 72, et surtout pas avec un cri de l’héroïne qui fait vingt lignes.

11h11 : Nash et Roget continuent à débattre quant à qui ouvrira sa session. J’ai l’impression d’assister au duel entre Luke et Darth Vader, mais version Eco +. Je leur indique que vu le retard qu’ils ont prit, ils vont devoir continuer ce travail avec moi en retenue. “Mais monsieur, c’est im-por-tant !”

11h16 : En vrai, mes élèves ont des noms du genre Sangita, Djibril ou Fatoumata. Pourquoi leurs héros s’appellent-ils TOUJOURS Robert, Mireille ou Adélaïde ?

11h18 : Ça va bientôt sonner. Je demande à tout le monde d’enregistrer son texte. Deux groupes restent à me regarder avec des yeux ronds, un autre demande si on peut se servir de son téléphone pour lire son texte et l’enregistrer dessus, quand un dernier me sauve de la démence en enregistrant glorieusement un “Sans Nom 32″ dans le fichier “Temp”.

11h20 : Fin du cours et de ma santé mentale.

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