
Journée laborieuse.
Pas triste. Pas épuisante. Laborieuse.
J’entame deux gros cours. Le Cid en quatrième, La ferme des animaux en troisième.
Le Cid a toujours fonctionné avec les mômes. À une condition, et pas des moindres : que la première scène les convainque. S’ils pigent le discours d’Elvire, s’ils s’attachent un tant soit peu à Chimène, alors ça roule. Mais il faut pour cela les pousser. Ignorer les “je ne comprends rien”, les tchips, les bras qui se croisent et les sourcils qui se froncent. Déployer le texte, le lire avec eux, s’étonner à leur place des alexandrins et des rimes.
Même numéro avec les troisièmes. Pendant plusieurs heures, ils rédigeront un long dossier sur Orwell, travailleront en groupe, rédigeront des synthèses… Les explications sont longues et un peu techniques. Et les troisièmes Bazoukan sont odieux, lors des explications. Il faut là aussi s’accrocher, être concis, avoir l’impression d’être seul dans la tempête, jusqu’au moment où le boulot commencera vraiment et où, sur six groupes, cinq bosseront, attentifs et précis, cherchant à faire un vrai boulot d’élèves de troisièmes.
Mais ce sont deux moments que je redoute. Impression d’être dans le vide intersidéral, avec pour seul guide ma conviction que tout ira bien. Que ce que je leur propose a du sens, les fera avancer. Peu importe leur réaction après, en fait, les jeux sont déjà faits. Tout ce qui subsiste, en définitive, c’est la question.
Est-ce que j’enseigne correctement ?