Samedi 10 novembre

“Vous savez monsieur, je suis la sœur d’Elincia et de Soren.”

Je me détourne de l’écran sur lequel je suis en train d’écrire les devoirs de la classe qui est en train de quitter la salle. Lucia me regarde intensément, l’air presque mécontent. Lucia est une élève discrète, appliquée, qui participe suffisamment pour ne pas être soupçonnée de se moquer de ce que l’on apprend en cours, et qui percute vite. Elle est en effet la sœur de deux élèves à qui j’ai enseigné. Elincia, une gamine exceptionnelle, fine et intelligente, et Soren, dont le passe-temps favori consistait à filmer ses potes en train de tabasser d’autres élèves. Pas tout à fait la même ambiance, donc.
Je regarde Lucia par-dessus mes lunettes (ça devient un tic, il faut que j’arrête).

“Je sais oui.
– Alors pourquoi vous l’avez jamais dit ?”

Elle a raison. Depuis cinq ans que j’enseigne à Ylisse, je mets un point d’honneur à ne jamais évoquer les frères et soeurs. Je me méfie profondément des effets pervers de l’atavisme.

“Vous aimeriez que je vous compare à Soren ?
– Oh non !
– Ou à Elincia ?
– Mes parents le font tout le temps.
– Alors quel est le problème ?
– Non mais… Enfin, je voulais être sûre que vous le saviez. Genre… Vous voyez quoi.”

Et sans un mot de plus, elle tourne les talons, non sans me jeter un dernier regard suspicieux.

Lucia, qui attend, comme presque tous les élèves, quelque chose de plus du collège.

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