Lundi 3 décembre

Une première moitié des troisièmes du collège est partie en stage en entreprise (nous utilisons ce système à Ylisse pour décongestionner un peu les boîtes des environs). Du coup, nous nous retrouvons avec des classes à effectifs plus que réduits, et, comme tous les ans, j’invite les tenant du “Roooh mais ÇA VA, les effectifs d’une classe ne changent rien, 42 élèves par classe, ça passe comme des gilets jaunes dans l’Arc de Triomphe super tranquille !”
Mes fesses, oui.

À la faveur de cette pause, je découvre, littéralement, des élèves. Comme Esmeralda. Une gamine totalement mutique depuis le début de l’année, qui, à la faveur de cette désaffection temporaire, se réveille et se révèle une gigantesque brutasse en grammaire. J’avais bien remarqué ses compétences à l’écrit, mais, comme beaucoup de mômes dans cette situation, elle ose prendre la parole, montrer qu’elle sait, et écraser les rires gras qui ne manquent pas d’éclater quand elle prend la parole de quelques vannes bien senties.

La vérité, c’est qu’Esmeralda, depuis la sixième, la boucle et attend que ça se passe. Attend… quoi ? Le lycée ? La vie professionnelle ? Qu’on lui laisse, enfin, un espace de parole qui ne soit pas totalement saturé par ceux qui en ont absolument besoin ?
Il y a peut-être quelque chose à creuser par là. Certains ados se construisent par la parole partout et tout le temps, y compris en classe. D’autres ne ressentent pas cette nécessité, ou juste, n’osent pas. Alors ils guettent les occasions. Esmeralda va faire le show une semaine. Puis se taire à nouveau. Jusqu’à.

Une qui fait le show, aussi, c’est Joséphine. Joséphine est totalement paumée. Elle tourne à 5 de moyenne malgré les tentatives de ses profs pour l’aider. Joséphine aurait dû être en SEGPA, mais ses parents ont refusé, parce que c’est la honte. C’est sûr que la laisser dans un environnement où elle pige une activité sur douze en moyenne, c’est tellement mieux. (Elle refuse les exercices différents elle est “pas idiote monsieur !”)

Du coup, Joséphine décroche, ment. Commence à sécher ou à simuler des maux de ventre pour fuir ce milieu de plus en plus hostile – la quatrième, ça ne pardonne pas – qu’est le collège. 
À ne pas faire confiance, à vouloir le meilleur pour leur enfant, il arrive que des parents fabriquent de la souffrance. Et voir Joséphine qui envoie un message à ses profs et, incidemment, à TOUS les parents d’élèves de la classe parce qu’elle ne pige absolument que dalle à l’informatique pour demander pourquoi “lé nottes son basse alor que je sui investi”, c’est un peu cocasse mais surtout très triste.

Le collège tente d’être une grande corne d’abondance, qui nourrit chacun selon son appétit et ses allergies.

Faut croire que souvent la mythologie, c’est des conneries.

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