Samedi 8 décembre

Hier, il y a cette élève qui est venue me voir.

Et rien.

Je l’ai déjà dit, et chaque fois je le vérifie : à de très rares exceptions près, je n’ai plus rien à dire à mes anciens élèves.

Ou plutôt, je n’ai plus rien à dire aux personnes qu’ils sont devenues.

Pendant longtemps ça m’a attristé. Étais-je si superficiel, qu’à peine l’année terminée, mes pensées les bannissent, à en oublier leur nom. 

Et puis, cette gamine avec qui, je l’avoue ici, j’ai laborieusement parlé vingt minutes sans me rappeler le nom, m’a fait comprendre. Je n’avais rien à lui dire parce que ce n’est pas une personne que je fréquenterais. Elle a des goûts, des intérêts, des opinions qui ne me correspondent en rien.

Je n’ai pas de liens, non plus avec cette élève, mais avec cette personne.

Et je sens un immense sourire crétin me fondre sur la face.

Les élèves avec qui je communique encore des années plus tard, j’aurais apprécié de leur parler même si je n’avais pas été leur enseignant. Ils sont des individus qui m’intéressent.

En sortant de ma classe, tous les gamins à qui j’ai enseigné sont devenues des individus. Pour qui, comme tout individu sur cette planète, je peux me sentir des affinités ou pas. Alors bien sûr. J’accueille avec joie la nostalgie de ceux qui reviennent. Mais parfois, souvent, ce sera tout. Et c’est très bien comme ça.

Nous nous sommes croisés. Nous sommes parfois beaucoup apportés, parfois rien du tout. Et continuons nos routes, très souvent pour ne plus jamais nous recroiser.

Ce qui compte, c’est ce que nous aurons fait de ce temps passé ensemble. Ce qui compte, pendant un, deux, trois ans ou plus, c’est de donner le plus possible. Avant qu’on navigue loin, très loin. Nos voiles tissés des noeuds de ces rencontres.

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