
Le couvercle sur la marmite.
Depuis quelques jours, il court il court, le mot-dièse #JeSuisEnseignante
Sa genèse est simple : suite à un billet d’humeur critiquant le président actuel, une enseignante est convoquée au rectorat, où on lui rappellera son obligation de respecter devoir de réserve.
Ce qui est plutôt rigolo parce que, dans son billet, elle ne contrevient absolument pas au devoir de réserve tel qu’il est énoncé pour les enseignants.
Le devoir de réserve… il plane régulièrement dans l’actualité, et ce n’est pas la première fois qu’un prof ou un personnel de l’éducation se fait taper sur les doigts pour avoir eu la plume acerbe.
La chansonnette est connue. Elle s’est appelée #PasDeVague, dégraisser le mammouth ou “ils vont pas nous emmerder avec leur 2 jours de cours par semaine”.
La vérité, c’est que ça gêne, un prof – ou CPE, ou AED, ou infirmière, et j’en passe tellement – qui l’ouvre. À tel point qu’on dépêchera un chef d’établissement, un inspecteur ou un DRH qui sera chargé de réclamer le silence.
Mais enfin quoi ? Où est le souci ? Après onze ans passé dans le monde merveilleux de l’Éducation Nationale, je commence à le cerner. À vrai dire, je l’ai vraiment cerné le jour où, il y a quelques années, le recteur en personne est venu visiter le collège dans lequel je bosse. Il était reçu dans la salle polyvalente. Et je garderai toujours en mémoire cette image d’un cordon séparant l’intégralité du trajet qu’il allait effectuer dans l’établissement et le reste du collège.
Nous sommes les gardiens de tous les dysfonctionnements.
Jour après jour, nous recevons dans la figure les problèmes auxquels sont confrontés des élèves et, à travers eux, leurs familles et l’ensemble de la société. Et très vite, car il s’agit toujours de gérer l’urgence, nous nous habituons à l’insupportable. Aux politiques éducatives qui testent des projets mal foutus sur des générations d’élèves, aux conditions d’enseignement de plus en plus précaires, qui déstabilisent encore un peu plus des mômes qui désespèrent de recevoir un environnement stable.
Il est demandé aux chefs d’établissements de piloter des projets. Surtout, montrer que cette année, on a rédigé un ebook, on a ouvert une section sportive, on a fait un voyage culturel. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer, dans un établissement où les élèves chantent pour les anciens combattants ?
Le quotidien.
Et faut-il que ce quotidien fasse honte, et soit insupportable pour que l’on prenne bien garde à la parole des enseignants. Qu’ils n’ouvrent pas la bouche ou les mots trop grands, de peur qu’on laisse s’échapper ce simple diagnostic : l’État Français n’arrive pas à prendre soin de tous ses enfants.
Cette polémique retombera – vite, car aujourd’hui, les informations défilent à la vitesse de la lumière – mais la souffrance, elle perdure.
Alors parlons. Vite, avant que le couvercle ne nous explose à la gueule.