
Quand Paula est arrivée, en début d’année, elle ne parlait quasiment pas français. Je la voyais de temps à autres dans mes cours, tandis que, la plupart du temps, elle était confiée à A., la responsable des élèves non francophones, qui jongle avec actuellement une bonne quarantaine de mômes.
Les progrès de Paula sont foudroyants.
Nous sommes à la mi-janvier, et elle s’exprime, tant à l’oral qu’à l’écrit, dans un français plus que correct. Les ailes de sa nouvelle langue se déploient, toutes marbrées de l’accent de la première.
“J’ai honte de mon accent, monsieur.”
Et c’est tout à fait normal. Quand on est une élève de quatrième, qu’on est une ado, qu’on cherche à s’intégrer. Résister à l’impulsion adulte et bête de dire que c’est joli, et essayer de lui enseigner la fierté de cette musique par d’autres moyens. Par quelques discours de Markowicz et le fait d’avoir plusieurs langues en soi. Par l’émerveillement qu’elle éprouve en se rendant compte que, les grammaires italienne et française étant très proches, elle fait des progrès immenses dans le domaine de l’étude de la langue.
Paula est heureuse car elle fait tomber des murs, à toute vitesse. Et, égoïstement, je me dis qu’il s’agit d’un moment béni, où elle dévore de toute son envie les difficultés. Je puise à son enthousiasme et à sa source, lorsqu’elle comprend, lorsqu’elle intègre.
Et me dis que tout élève devrait avoir cette joie. Seulement oui, en quatrième, c’est plus difficile de se réjouir de maitriser les subtilités du conditionnel que de soudain se rendre compte qu’on peut communiquer avec les autres sur ce que l’on aime, ou que l’on arrive enfin à décrire précisément ce que l’on ressent.
Paula me fait énormément de bien, et m’ouvre de nouvelles voies dans cet immense champ d’investigation : comment les rendre heureux d’apprendre.