
Ce soir je me coucherai trop tard.
Et demain, je me lèverai avec tout l’enthousiasme de l’Élysée découvrant un nouveau rebondissement dans l’affaire Benalla. Les gamins se foutront de moi : “Monsieur, vous avez des ceeeeernes !” “Monsieur, vous nous dites tout le temps qu’il faut se coucher tôt !” “Vous avez joué à la Switch, monsieur ?”
Ce soir je me coucherai trop tard, parce que je suis rentrée à plus de 21h. Et qu’il est hors de question que je renonce à mon espace.
Celui où je ne suis pas enseignant. Ni devant des élèves, ni en réunion. Celui où je gravirai des montagnes, mots ou cinéma. Celui où je suis le frère qui prend des nouvelles de sa petite sœur avec qui on prépare son anniversaire, le Rocky Horror au Grand Rex. Celui où je suis un elfe Sacrenuit, agent de la Dame Noire, ou une pensée qui s’anéantit devant l’immensité des mots de Virginia Woolf.
Celui où je m’oublie, me distrait, me rassemble. Celui sans lequel les petites larves tristes me rampent sous la peau.
Trois heures au moins, passées à retisser le manteau de couleur, de clinquant. A parcourir d’autres mondes ou d’autres pensées. Ma liberté est à ce prix, et glorieuses mes cernes.
On a l’orgueil que l’on peut.