Samedi 9 février

“Mais comment vous savez qu’on ment ?”

Question mi-admirative mi-exaspérée de Shulya l’autre jour. Et, toute modestie bue, je le dis : c’est vrai. Il m’est facile de repérer quand ils me racontent des bobards. Je grimace un sourire.

“Vous êtes le meilleur entraînement du monde.”

Quand j’étais étudiant, j’ai bossé dans une société de démarcheur à domicile. Et, de médaillé d’or d’esprit d’escalier, j’ai appris à réagir au quart de tour, parce que mon salaire en dépendait.

Ici c’est pareil.

Les mômes mentent. Très souvent. Pour tout un tas de raisons, de la plus triviale à la plus grave. Les devoirs non faits, les portables que l’on a amené en douce, les problèmes familiaux, les ennuis administratifs. Nous évoluons dans un bain de mensonges, et, les premières années en tout cas, je m’y suis noyé. En me penchant sur chaque élève. En voulant accorder de l’importance à leur parole.

Et je n’étais pas prêt. Je me suis fait totalement manipuler, et bien entendu, ça s’est vite su, transformer certaines classes déjà pas faciles en annexes du cirque Gavarni. Communiquer, communiquer vraiment avec les mômes, c’est aussi apprendre à faire le tri, très vite, entre les carabistouilles et la vérité. Et ça ne s’apprend que par la pratique. A force. Sans aucune certitude qu’on ne se plantera pas un jour ou l’autre.

“Pourquoi vous me posez la question ?
– Ben c’est marrant, au bout d’un moment, quand un prof il sait, on arrête de mentir.
– Et alors ?
– Ben alors rien. C’est juste plus reposant.
– Mais pourquoi est-ce que vous mentez, alors, si ça vous est pénible.
– Arrêtez, monsieur, tout le monde ment sans arrêt ! Du coup des fois ça fait du bien de faire une pause.”

Une salle de classe, c’est donc aussi un endroit où l’on fait une pause dans la toile des mensonges…

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