
Beaucoup de questions aujourd’hui. Parce que c’était évaluation pour mes deux classes de quatrième.
Les quatrièmes Alkhazam arrivent en rigolant : “Monsieur, on a oublié qu’il y avait contrôle !” (je le leur répète depuis la semaine dernière tous les jours.), s’installent et sortent leur feuille. Même Zamza en a pris une.
Et pendant quarante-cinq minutes, ils vont essayer. Je n’ai même pas besoin de donner mon habituelle règle : “Je ne réponds pas aux questions les cinq premières minutes.”, qui permet à beaucoup de se rendre compte qu’ils n’ont, en fait, pas besoin de moi. Je les vois essayer, ne pas réussir, se relever. Et quand je passe dans les rangs, ils tournent parfois la tête avec des sourires gênés, triomphants ou, finalement, une demande d’aide.
Fin de l’heure : ils sortent calmement, en déposant leurs feuilles.
Et son suivis par les quatrièmes Bulbizarre. Qui, dans une cacophonie sans nom, dégoise une litanie d’excuse : j’ai pas eu le temps de réviser, j’ai perdu mon cahier, j’ai révisé le mauvais cours, je savais pas, j’ai pas d’affaires.
Je parviens à vaguement calmer la petite troupe qui s’assoit, et taxe des copies doubles aux cinq élèves qui s’en sont munis. Je n’ai pas encore fini de distribuer les sujets que des forêts de doigts sont dressées.
“Vous avez lu le sujet ?
– Non, mais on pourra avoir un devoir de rattrapage ?
– Mais pour quoi faire ? Vous n’avez encore rien fait ?
– Oui, mais on va rater, on pourra rattraper ?”
Je vais passer l’heure à naviguer d’élève en élève, tentant de les rassurer ou de les convaincre de tenter.
Ils protestent. M’en veulent.
Pourtant, le cours qu’ils ont eu est sensiblement le même que celui des Alakhazam. Et leur niveau global est meilleur. Ils comprennent plus vite, sont plus à l’aise à l’oral.
Mais ils n’ont aucune confiance. Ni en moi ni – ce qui est pire – en eux. Et j’ignore à quel moment je me suis planté. Ou, pour être plus positif, j’ai réussi avec leurs camarades. Où était-il ce tournant qui, lorsque je balance du Balzac aux Alakhazam, me donne le droit à des sourires : “Oh là, c’est compliqué monsieur, mais j’ai compris qu’il y avait un journaliste dont on se moque, par où on va avec ça ?” et avec les Bulbizarre des “Mais azy encore on comprend rien, de toutes façons ça sert à rien ?”
Ou peut-être, sans doute, suis-je trop vaniteux, et tout cela n’a rien à voir avec moi, il faut juste accepter et faire au mieux avec des alchimies de classe…
Mais quand même. J’ai bien aimé quand les Alakhazam sont sortis l’air apaisé…