Vendredi 15 février

Les premiers résultats de demandes de mutations commencent à arriver : A., la prof-doc, présente depuis longtemps au collège, a reçu une quasi-confirmation de son départ prochain, après plusieurs refus.
C’est dur, l’attente. Se demander chaque année si l’on va partir. Mettre ses projets à l’eau, comme de grands bateaux, sentir les voiles qui se gonflent du vent de l’expectative…
Et recevoir le message de refus. Non, pas cette année, encore douze mois à attendre. Alors saisir le boute, qui traine encore à quai, tirer sur le navire, déjà parti, et sentir ses membres qui s’écartèlent, de devoir le maintenir, encore, à quai…
Même si A. veut rester prudente, on sent dans sa voix, dans son sourire, le vent du large. Après des années d’investissement sans faille dans le bahut, après en avoir été une présence elfique et pilier, elle ne désire désormais rien d’autre qu’un ailleurs.
Et nous la contemplons. Heureux. Ceux qui vont rester. Ceux qui vont partir. Volontairement ou non.
Quoi qu’il arrive, Ylisse est un lieu de passage. On y commence, on y finit jamais. Un jour où l’autre, on largue les amarres, lesté de tout ce qu’on y aura vécu. Et on balancera la cargaison par-dessus bord, ou on la chérira, précieusement.
Moi, je ne sais pas quoi faire, encore, de tous éclats d’instant, qui chaque jour s’accumulent.
A part les écrire.