
Je ne sais pas gérer mon temps.
C’est l’un de mes pires défauts en tant que prof. Ces cinquante-cinq minutes sont mes ennemies jurées et, comme un gamin, je ne comprends pas.
Je ne comprends pas que certains cours ne durent pas 90 minutes, notamment ceux durant lesquels les élèves découvrent un texte, l’arpentent, s’aidant les uns les autres, échangeant leurs impressions et leurs outils, apercevant, petit à petit, les traits des personnages quand, tout à coup, bêtement, la sonnerie vient anéantir tout ça.
Je ne comprends pas non plus que, parfois, au bout de 43 minutes, on ne puisse pas dire à des mômes qui ont marné tant qu’il pouvait sur la règle de l’accord du participe passé employé avec le verbe pronominal que c’est bon, ils peuvent arrêter de transpirer, on arrête pour cette fois.
Enfin si. Bien sûr que je comprends. Mais je ne m’y fais pas. J’ai été formé avec cette idée précise qu’il est nécessaire de changer régulièrement d’activité afin d’éviter l’ennui de s’installer. Je ne parviens pas à m’y tenir. Certaines heures tourneront autour d’un seul point, d’autres butineront, ici et là.
Et comme toujours, les élèves, toujours devinent. Les moments où je dois froncer le sourcil devant celle qui range discrètement ses stylos dans sa trousse, celui qui passe un main dans la manche de son manteau (mais juste une, ce qui lui donne, il faut bien le dire, un look plutôt étonnant, sont ceux durant lesquels je meuble, j’entame un travail moins solide, parce que ma conviction n’y est pas.
Découper le savoir, l’envie, en petit bout de cinquante-cinq minutes. Pas facile.