
Aujourd’hui comme tous les ans, c’est la Journée internationale des droits des femmes.
À quoi ressemblera-t-il, ce jour, dans cinq ans, dix ans ? Quand vous serez lycéennes, adultes ? Est-ce que ce sera toujours aussi lent, toujours aussi laborieux, est-ce que cela demandera toujours autant d’effort de votre part pour conquérir, centimètre à centimètre, cette foutue égalité ?
Comment se passera-t-il, le 8 mars prochain Lavinia ? Qui a passé ton temps à faire le sac de ton frère, un an ton aîné, ou à lui donner son emploi du temps, jusqu’à ce que tu finisses par en parler aux adultes, que tu te dises que non, ce n’était pas normal ? Est-ce que tu es totalement débarrassée de cette tâche ? Est-ce que nous sommes assez vigilants, nous les profs, pour que tu puisses te consacrer uniquement à ton travail d’élève ?
À quoi ressemblera-t-il, le 8 mars 2024, Eilie ? Toi qui, en début d’année dernière, racontait le jour de ton futur mariage, et qui, aujourd’hui, raconte toujours le jour de ton futur mariage, avec un addendum : “enfin, ça c’est si j’ai trouvé le travail que je veux faire ?”
Et le tiens, Marcia ? Dont j’ai été prof, il y a huit ans et qui, du jour au lendemain a disparu : “elle est rentrée au pays, elle s’est mariée.” Seule explication, fin de non recevoir quand davantage de renseignements ont été demandé. Rentrée. Comme si ces quelques années à être collégienne n’avait été qu’une brève exception. Rentrée. Retour à l’ordre des choses.
Parfois, dans mes moments de pessimisme, je vous compte, mentalement. Laquelle d’entre vous tombera sous les coups d’un conjoint brutal ? Laissera tomber son métier sous la pression sociale ? Laquelle, déjà, a vécu un épisode insupportable et ne voyons-nous pas ?
Lesquelles prendront-elles la parole, d’une façon ou d’une autre, pour défendre vos droits ? Nous aidons-vous suffisamment à cela, nous les adultes ? Nous donnons-vous les mots, les espaces de liberté, la confiance ?
Que cette journée là, comme toutes les autres, fassent avancer cette immense machine d’égalité. Puissiez-vous, à votre tour, vous joindre à ce cortège : étudiantes, ouvrières, artistes, sorcières, dilettantes, commerçantes, tueuses, chômeuses, héritières, aventurières. Toutes ces élèves que j’ai vu passer dans ma classe. Ne vous laissez pas étouffer. Réclamez ce qui vous revient.
Pendant qu’on s’applique à bricoler ce monde, qu’il soit à votre hauteur.