Lundi 18 mars

Nouvelle perle de sagesse de Tonton Samovar : “Parfois les élèves prendront ton cours, danseront dessus, l’aspergerons d’essence et y foutront le feu, avant de te balancer les cendres dans les yeux et de filmer le tout pour le mettre en story instagram. Et tu n’y seras pour rien.”

C’est ce qui se passe aujourd’hui avec les troisièmes Bazoukan. Je les vois tout d’abord le matin, et leur soumet, en accompagnement personnalisé, quelques exercices simples d’écriture, histoire de les entraîner à la rédaction. Car s’ils sont désormais capables d’analyser à peu près correctement un sujet, le fait de construire une histoire en commençant par le début et en terminant autrement que par un “et voilà” (ou plutôt “ba voila”) semble un peu plus compliqué.
Après un bon quart d’heure passé à lire les consignes (et pendant lequel je chuchote à quelques uns d’entre eux que s’ils n’attrapent pas un stylo séance tenante, je risque de devenir beaucoup moins aimable, d’un coup), ils se mettent bon gré mal gré en activité et passent une heure plutôt constructive.
Ces exercices sont ceux que je fais habituellement en atelier d’écriture, les reformuler et compiler a dû me prendre un gros quart d’heure.

L’après-midi, je les retrouve, et c’est tout gonflé d’une sotte confiance que j’entame mon nouveau chapitre autour de la dystopie. Une introduction Rolls Royce, avec étude d’un extrait de V. pour Vendetta (le comic), une analyse de l’affiche du film, un débat sur la justice et un petit jeu théâtral autour du personnage de V.

Bide atomique.

Les gamins papotent – gentiment, hein, c’est déjà ça de gagné – soupirent bruyamment quand je les pousse à réfléchir, et ricanent bêtement devant le chapelet d’insulte que V. adresse à une statue de la justice.

Ils n’ont pas envie.

Parce que c’est nouveau. Parce que – je m’en rends compte sur la fin – il aurait fallu que je passe beaucoup plus de temps à leur présenter l’univers, à leur mâcher le contexte : vous vous rappeler d’où est l’Angleterre, et le régime totalitaire, c’est quoi un régime totalitaire les nenfants ? Et leur reparler du cours qu’on a fait sur la Ferme des animaux il y a trois mois.

Mais punaise, on est en fin de troisième, et je commence à perdre patience, de devoir toujours tout mâcher : sans vanité mal placée, je sais que cette activité est solide, à la fois abordable et exigeante, ce qu’ils aiment en fait. Mais il faut juste, pour commencer, avoir un peu envie.

Et ils sont quatre à avoir envie.

Laya qui hésite encore à être bonne élève pour se faire bien voir ou pour elle, et qui, découvrant le concept d’anarchie, a des réflexions aussi naïves que pertinentes ; Eleth, qui, après avoir longuement soufflé et froncé les sourcils “Mais pourquoi, pourquoi il parle à une statue ?” se souvient des allégories, et se plonge dans la page avec joie ; Sieglinde, parce qu’un héros masqué et théâtral, c’est furieusement romantique ‘même s’il est aussi extrême que ce qu’il combat, monsieur.” ; et Roog, enfin qui, comme à regret, se détourne de ses potes habituels, pour se pencher sur le comic, et ouvre de grands yeux devant la violence de la scène “Le conflit il est autant dans sa tête que dans le pays, en vrai ! Pourquoi on nous montre ça ? Il y a un truc important et je ne comprends pas !”

Quatre à me montrer que j’ai eu raison. Sur vingt-quatre. C’est pas grand-chose.

Alors je ramasse mon cours tout plié, je le défroisse. V. hausse les épaules, narquois. Je ne réponds pas à la provocation. Je continuerai.

Demain je retenterai avec les troisièmes Glee. Et on verra.

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