
“Alors comme ça, Hildegarde, vous aimeriez que Monsieur P. soit le principal du collège et Mme E. la principale adjointe ?”
J’aime bien parler avec les élèves, pendant les travaux de groupe. C’est le meilleur moment. La concentration, la cohérence du travail… Toute une ambiance qui contribue à créer des échanges souvent intéressants. Hildegarde lève le nez de son activité de grammaire sur laquelle elle louche depuis dix bonnes minutes. Elle fixe sur moi un regard perplexe.
“Ah, elle vous en a parlé, Mme E. ?
– Un peu, oui ! Je suis très vexé, où est ma place là-dedans ? Dans le petit bureau sans lumière ?“
En bonne diva, je tends les bras et détourne la tête.
“Non, mais en fait, c’est que vous êtes trop gentil !
– Ah ben super ! Super ! C’est la java dans la classe de Monsieur Samovar, personne ne travaille !
– Non, mais c’est pas ce que je veux dire !”
Hildegarde prend une intéressante teinte écarlate, tandis que ses copines se mettent à rigoler. Elle étend ses bras (deux mètres cinquante d’envergure au bas mot) et commence à les agiter.
“Mais, en vrai, vous êtes gentil pour les élèves, mais les adultes, ils sont méchants. Enfin je… Mais ça m’énerve, je me fais pas comprendre !“
C’est à cet instant que Laya, avec son lourd accent italien, prend la parole.
“Monsieur, en fait, elle essaye de vous faire un compliment mais elle n’y arrive pas.
– Exactement ! Écoutez l’étrangère, là ! Je veux être gentille moi aussi ! Non ! J’ai pas dit ça !”
La grande môme s’arrête, hors d’haleine. Ses copines la regardent, mi-médusées, mi-hilares.
“Ce que je veux dire, c’est qu’on est super fort, quand on est gentil. Et si vous comprenez pas, tant pis pour vous.”
Et Hildegarde se replonge dans son passé composé, les sourcils rageurs, les mots doux, et maladroits.